«Port-au-Prince est un cimetière»

Mediapart publie le témpoignage de Laënnec Hurbon, sociologue haïtien, spécialiste des religions enseignant à l’EHESS et à l’Université Quisqueya à Port-au-Prince. Il s'agit d'une lettre à Jacky Dahomay, professeur de philosophie à la Guadeloupe, qui nous l'a confiée.

Mediapart publie le témpoignage de Laënnec Hurbon, sociologue haïtien, spécialiste des religions enseignant à l’EHESS et à l’Université Quisqueya à Port-au-Prince. Il s'agit d'une lettre à Jacky Dahomay, professeur de philosophie à la Guadeloupe, qui nous l'a confiée.

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Pleurs, cris de douleur, détresse absolue. C'est l'apocalypse. J'ai failli y passer, je survis par hasard. On ne peut raconter l'irracontable. Port-au-prince est un cimetière et tous les habitants sont dans les rues, à côté des cadavres en putréfaction. La destruction est totale. Hôpitaux, universités, écoles éffondrées, immeubles rasés, maisons encombrées de cadavres.

Il y sûrement plus de 200.000 morts. Les symboles de l'Etat n'existent plus, ils étaient déjà falots. J'ai vu sous mes yeux s'effondrer l'immeuble de la direction générale des impôts ainsi que la partie centrale du Palais national. L'Université Quisquya qu'on vient juste de bâtir est effondrée; comme de nombreues facultés et universités et écoles, souvent avec des gens sous les décombres.

Le Parlement et quatre ministères sont par terre; la cathédrale avec son archevêque; le quartier général de la police avec des policiers; le quartier général de la Minustah avec Hedi Annabi, le chef et son satff disparaissent; l'hôtel Montana avec 200 personnes dont le propriétaire et tous les gens qui s'y trouvaient.

Au moment où je t'écris (vendredi 15 janvier, heure locale, ndlr) je dois encore faire vite, et faire attention à de nouvelles secousses. Je n'ose pas te parler de tous les disparus, je suis sous le choc le plus terrible de ma vie; un autre pays est à penser. On est de nouveau à l'an zéro en Haïti. (...) On a besoin de tout.

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