Haïti: mais où donc est l'aide ?

Gaby Saget est journaliste à Radio Métropole, l'une des principales radios francophones en Haïti. Elle nous transmet l'impatience qui grandit à Port-au-Prince: quatorze jours après la catastrophe, pourquoi l'aide ne parvient-elle pas -ou si peu- aux sinistrés ? Reportage.

Gaby Saget est journaliste à Radio Métropole, l'une des principales radios francophones en Haïti. Elle nous transmet l'impatience qui grandit à Port-au-Prince: quatorze jours après la catastrophe, pourquoi l'aide ne parvient-elle pas -ou si peu- aux sinistrés ? Reportage.

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Ils sont des centaines, plusieurs centaines de sans-abris à camper sur la place Boyer. Nous sommes en plein centre de Pétionville, commune autrefois riche et protégée qui domine la capitale Port-au-Prince. Ici, les tentes de fortune ont été improvisées à partir de quatre piquets de bois et de quelques vieilles couvertures. Sous ces abris précaires, les sinistrés ont massé les quelques affaires qu'ils sont parvenus à retirer des décombres de leur maison.

Campement à Pétionville. © Gaby Saget Campement à Pétionville. © Gaby Saget

 

Alors que la perspective de fortes pluies menace l'avenir de ces camps provisoires, le problème de la nourriture devient aussi de plus en plus urgent. Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, aucun secours, aucune aide n'est parvenu aux sinistrés de la Place Boyer, assurent-ils. Avant la catastrophe, une petite demie-heure de voiture seulement - hors embouteillages- permettait de dévaler les collines pour atteindre le bas de Port-au-Prince. En un quart d'heure, on pouvait alors atteindre la zone du port ou de l'aéroport où arrive aujourd'hui l'aide internationale.

« Des étrangers sont venus nous visiter, ils ont pris notre nom et ont promis de revenir avec de la nourriture, mais on ne les a plus revus», raconte un homme tenant un bébé dans ses bras. Ses voisins confirment mais personne dans le camp ne peut nous préciser leur identité ou l'institution à laquelle ils appartiennent. «Des Blancs sont passés dimanche avec un camion de nourriture. Quand ils ont vu qu'il y avait trop de monde et beaucoup de bousculades, ils sont repartis sans rien donner. Dans la foulée, j'ai même reçu un coup de poing au visage», raconte plus loin une marchande.

Toujours à Pétionville, dans le quartier de Debrose cette fois, tous les espaces libres, la moindre parcelle qui n'a pas été engloutie sous les gravats, ont été transformés en camps d'hébergement. Là aussi, une distribution a failli mal tourner : les camions ont distribué une quantité insuffisante d'aide et des dizaines de personnes n'ont rien eu.

«J'ai cinq enfants et je n'ai plus rien à leur donner», bredouille une femme, les mains en l'air. L'organisation World Vision qui se chargeait de la distribution n' a pu faire face au désordre. «Ils nous ont donné une carte avec un numéro. Je suis ici depuis ce matin et je n'ai pourtant rien reçu », nous raconte encore cet homme.

Les habitants du quartier ont pourtant tenté de s'organiser. Chaque camp possède un comité chargé de gérer la distribution mais, selon certains habitants, la distribution d'aide -quand celle-ci arrive enfin- se ferait par copinage.

L'épuisement de certains, les tensions grandissantes, les pénuries rendent plus difficile encore la répartition d'aides trop rares. « Il faudra séparer les hommes des femmes dans les files d'attente lors de la prochaine distribution, car c'est difficile pour nous les femmes de se battre avec les hommes pour obtenir à manger», dit cette dame.

Les associations et organisations humanitaires ont le plus grand mal à s'organiser face à de telles urgences. L'un des responsables de World Vision reconnaît que la distribution de lundi matin s'est très mal passée. «Debrose est un cas isolé, se défend-il. Nous ne sommes pas fautifs mais lorsque les gens ne sont pas suffisamment organisés, les distributions se passent mal».

La mobilisation des ONG est totale, assure-t-on de toutes parts. Pourtant l'aide humanitaire ne parvient pas aux victimes de Pétionville. Et dans beaucoup d'endroits de la ville sont accrochées des banderoles hâtivement bricolées: «We need food, help, water...», «Nous avons besoin d'aide, de nourriture, d'eau...».

Banderole à Pétionville. © Gaby Saget Banderole à Pétionville. © Gaby Saget

 

 

 

 

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