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Billet de blog 4 déc. 2017

Les communs catalans veulent gouverner

Réunis en assemblée dimanche dans la banlieue de Barcelone, les communs ont validé leurs propositions programmatiques en vue des élections régionales qui se tiendront en Catalogne le 21 décembre. L'ensemble propose de « rompre avec le statu-quo » grâce à une large majorité progressiste. La campagne électorale débute ce lundi.

Sylvain Nandan
Enseignant
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Le tempo électoral fixé par Mariano Rajoy ne joue pas nécessairement en leur faveur, pourtant les communs et Podemos se disent dès à présent prêts pour gouverner. Réuni·e·s dimanche en assemblée au pied des trois cheminées de l'ancienne usine thermique de Sant Adrià de Besòs, près de Barcelone, les militant·e·s de l'alliance Catalunya en Comú-Podem ont pour ce faire validé l'adoption d'une synthèse programmatique de près de 200 pages (disponible ici, en catalan), laquelle devrait servir de base aux « forces du changement » pour formuler des accords de gouvernement avec « tout le catalanisme politique » au lendemain des prochaines élections régionales.

Logo officiel de la coalition © Catalunya en Comú-Podem

Selon Elisenda Alamany, « numéro deux » de la liste pour Barcelone et porte-parole de Catalunya en Comú depuis sa création il y a moins d'un an, cette recherche de transversalité, exercée depuis la radicalité démocratique, devrait permettre aux gauches espagnoles de continuer de situer la Catalogne « à l'avant-garde du changement en Espagne », à l'image de la mairie de Barcelone. Afin par exemple d'établir un agenda social exhaustif, -particulièrement détaillé dans leur programme-, ainsi que d'en finir avec le monothème de l'indépendantisme et des nationalismes imposé subrepticement mais durablement par des logiques d'affrontements binaires, CeC-Podem se propose donc d'être « décisif » pour dégager « une large majorité » gouvernementale de ce scrutin, en s'adressant autant aux républicain·e·s de gauche d'ERC qu'aux réformistes du PSC.

En effet, ce programme leur propose notamment une entente au sujet de l’ancrage territorial de la Catalogne, entente basée sur un accord visant à constituer « une république sociale, démocratique, féministe et environnementalement juste » qui puisse, dans un cadre plurinational et « par le libre exercice de sa souveraineté populaire », « établir une relation confédérale avec l’État espagnol ». Pour reconnaître pleinement l'existence de la nation catalane, deux initiatives législatives sont par conséquent envisagées : promouvoir une loi permettant d’organiser un référendum d'auto-détermination accordé entre l’État central et le Parlement catalan, loi qui serait votée à la majorité absolue par le Congrès des député·e·s de Madrid (proposition de Podemos depuis deux ans), et travailler ensuite à l'élaboration d’un « texte constituant » au Parlement de Catalogne, qui reprendrait l'éventail des propositions élaborées au préalable par des assemblées constituantes citoyennes après la célébration dudit reférendum (proposition des gauches républicaines).

Repensar la España plurinacional © Ana Domínguez, Icara (2017)

« Dire la vérité », « diagnostiquer la réalité », « réconcilier »

Quinze jours de campagne électorale commencent ainsi en Catalogne, à l'issue desquels aucune liste, selon les sondages, ne devrait obtenir de majorité absolue. Venu dans ce contexte soutenir la candidature à la présidence de la Generalitat de son camarade au Parlement madrilène, Xavier Domènech (qui présidait jusqu'alors le groupe parlementaire catalan En Comú Podem à Madrid), Pablo Iglesias, considérant que « dire la vérité est absolument révolutionnaire », a plaidé pour une stratégie de communication sobre fondée sur de simples constats, prononcés sans artifices inutiles: « il y a des blessures en Espagne », « des cicatrices » ouvertes par une droite autoritaire « qui ne gouvernera jamais en Catalogne » mais agite l'ensemble de la société espagnole à des fins électorales pour « masquer sa corruption, les coupes budgétaires, ses comptes en Suisse, [...] pour qu'on ne parle pas de sa trahison », et un souverainisme « aux tons grandiloquents », qui « se pare de ses plus beaux drapeaux » quand « les salaires sont tirés vers le bas » et qu'une ancienne, dans un incendie provoqué par une bougie dans son appartement, « décède parce qu'elle n'a pas pu payer la facture d'électricité ».

Faisaint ainsi le bilan du précédent mandat des indépendantistes de Junts pel Sí tout en pointant du doigt les manipulations des droites monarchiques, Pablo Iglesias a finalement déclaré que leur patriotisme « bruyant et mensonger » mais cependant « vide de contenus », était « parvenu à réveiller un des pires fantômes de l'Espagne: le fascisme », en référence notamment à la multiplication des agressions haineuses provoquées par de petits groupes mobiles d'extrême-droite en marge de plusieurs manifestations prônant l'unité de l'Espagne. Partant donc du constat de ce double échec rétro-alimenté sur fond de crise économico-sociale et territoriale, institutionnelle, environnementale et démocratique, le président du groupe parlementaire confédéral Unidos Podemos au Congrès des député·e·s de Madrid a présenté le bulletin de vote des communs comme « un vote de réconciliation », avec un modèle pratique en guise de « background »: la municipalité d'Ada Colau, où « être souverainiste signifie avoir réussi à faire de Barcelone la ville d'Espagne où il y a le plus d'investissement social par habitant·e·s ».

Global Discontents: Conversations on Global Democratic Uprisings, David Barsamian, interviews with Noam Chomsky (2017) © Pasado & Presente

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