«Agua sí, oro ¡no!»

«De la mine à la vitrine» (2015) est un documentaire disponible sur Arte jusqu'au 17 mai 2016. Daniel Schweizer y détaille l'exploitation de l'or depuis les Andes péruviennes jusqu'à la Suisse, en passant par Belo Monte.

Ce film réalisé en 2015 par Daniel Schweizer avec le soutien notamment de la RTS présente quelques facettes du trafic d’or contemporain, sans oublier de signaler qu’il est l’aboutissement de quatre siècles de colonisation, d’extermination et de déforestation. L’équipe a choisi d’illustrer son propos en montrant l’exploitation de Belo Monte, au Brésil, et de Yanacocha, au Pérou, plus grande mine d’or à ciel ouvert du monde.

On y voit le sort réservé aux populations et aux régions par les transnationales et les États concernés, avec la violence que cela induit, ainsi que le travail de raffinerie et de marchandisation dont nécessite ensuite le produit de l’extraction. Cette seconde partie de la chaîne de productivité demeure la chasse gardée des pays dont le savoir-faire technique demeure un atout malgré la pauvreté en minerais de leurs sols.

Ainsi comprend-on, via l’observation des pratiques d'Argor Heraeus, que la Suisse, premier importateur d’or au monde, bénéficie d’une grande complaisance à l’égard du droit international. Cependant, les entretiens réalisés auprès du Cacique Roani, de Jean Ziegler, de villageois, d’intervenants de chez Chopard, etc., dessinent peu à peu les contours d’une responsabilité collective, dont il faut devenir pleinement conscient.

Peut-être pas responsables des tonnes d’or enfermées dans nos banques centrales, ne sommes-nous pas au moins complices des discriminations et des maltraitances faites aux populations directement concernées, frappées de plein fouet par l’aliénation, la déforestation, la pollution au gaz chloré, au mercure et au cyanure, quand nous sommes incapables de dire d’où provient l’or de nos bijoux ? Il y en a jusque dans les téléphones...  

Le 5 juin prochain, Pedro Pablo Kuczynski et Keiko Fujimori se disputeront la présidence du Pérou. Autant dire que rien ne changera au Pérou quant à l’extractivisme. Néo-libéral chevronné, Kuczynski est un ancien Ministre des Mines et de l’Énergie du Président nationaliste Belaúnde, soutenu par la CIA dès 1980, ainsi que l’ancien Ministre des Finances de Toledo Manrique, économiste formé aux États-Unis et devenu Président du Pérou entre 2001 et 2006 pour y accroitre la privatisation des mines et le pouvoir du secteur privé en général.   

Quant à Keiko Fujimori, c’est la fille d’Alberto Fujimori Fujimori, Président de 1990 à 2000 purgeant actuellement une peine de 25 de prison pour sa responsabilité dans un des nombreux massacres perpétrés par les Services d’Intelligence et l’Armée du Pérou, où 15 personnes périrent à Lima, ainsi que dans l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat de dix universitaires, en 1991 et 1992. Alors à nous de changer nos pratiques de consommation pour que, peut-être, changent les pratiques de gouverner.

Dirty Gold War : de la mine à la vitrine. Dirty Gold War : de la mine à la vitrine.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.