À la valencienne

Sur fond de recrudescence de l'extrême-droite, la coalition progressiste emmenée par le PSOE et Unidas Podemos scelle la fin annoncée du bipartisme. Pour la première fois depuis plus de 80 ans, la gauche républicaine fait partie du gouvernement espagnol.

Après 18 mois de pourparlers au cours desquels désaccords et stratégies de division de la droite ont conduit à deux nouvelles élections nationales, le premier gouvernement de coalition du XXIème siècle a initié sa série de conseils des ministres ce mardi. Grâce à la faible majorité parlementaire qui l'a soutenu (167 votes en sa faveur pour 165 contre et 18 abstentions), le nouveau président du gouvernement Pedro Sánchez (PSOE) est en effet parvenu hier à présenter ses ministres au chef de l'État, le roi Felipe VI.

Yolanda Díaz (Galicia en Común), Ministre du Travail et de l'Économie Sociale © EFE Yolanda Díaz (Galicia en Común), Ministre du Travail et de l'Économie Sociale © EFE

 

Avec le renforcement de l'économie et de la cohésion territoriale comme objectifs principaux, il s'agit pour cet exécutif de se mettre dès à présent au travail "après une longue période de chocs et de discordes" et "d'épisodes trop fréquents de stérile crispation" a déclaré ce matin Pedro Sánchez en conseil des ministres. Dans une lettre leur étant adressée, il a par ailleurs souligné le caractère pluriel de son gouvernement, "qui cherche à former une large coalition avec l'ample majorité progressite de la société espagnole qui souhaite sortir du pessimisme et avancer".  Même s'il est encore loin d'obtenir le soutien d'une majorité qualifiée au parlement, en reprenant le modèle de gouvernance de la Generalitat de la Communauté autonome de Valence pilotée par une coalition de gauche cet exécutif se pose donc en défenseur des intérêts de la majorité sociale et réunit finalement les socialistes et des membres de la gauche républicaine.

Après celui des deux précédentes législatures, il s'agit du second gouvernement paritaire de l'histoire du pays, formé cette fois par 11 femmes et 11 hommes. Par ailleurs, quatre des cinq ministres ou secrétaires d'État déjà nommé·es font partie d'Unidas Podemos et sont issus·es des jeunesses communistes. Alberto Garzón, coordinateur d'Izquierda Unida et membre du PCE, a été hier nommé secrétaire d'État à la Consommation, Yolanda Díaz, membre du Parti communiste galicien, a été intronisée ministre du Travail et de l'Économie sociale, Irene Montero, jusqu'à présent porte-parole d'Unidas Podemos au parlement a quant à elle été nommée à la tête du Ministère de l'Égalité et enfin Pablo Iglesias, secrétaire général de Podemos, a été nommé ministre des Droits sociaux ainsi que vice-Président du gouvernement, un titre qu'il partage avec trois femmes issues du PSOE, Carmen Calvo, Nadia Calviño et Teresa Ribera.

Carmen Calvo, vice-Présidente du gouvernement et Ministre de la Mémoire démocratique et des Relations avec le parlement © Pierre-Philippe Marcou, AFP Carmen Calvo, vice-Présidente du gouvernement et Ministre de la Mémoire démocratique et des Relations avec le parlement © Pierre-Philippe Marcou, AFP

Parmi les chantiers de ce gouvernement figurent la reprise du dialogue avec la Generalitat de Catalogne dans une séquence politico-judiciaire marquée par l'inhabilitation par le Tribunal Suprême du député européen des Verts Oriol Junqueras (secrétaire général de la gauche républicaine catalane et condamné à 13 ans d'emprisonnement pour sédition et malversation) et de Joaquim Torra, l'actuel président de la Generalitat, alors que Carles Puidgemont, président de la Generalitat au moment de la déclaration unilatérale d'indépendance, s'est aujourd'hui présenté comme nouvel élu face au Parlement européen et devrait dans les prochains jours se rendre à Perpignan puisque son statut lui confère à présent l'immunité parlementaire.

En ce qui concerne l'agenda social, la revalorisation des retraites, du salaire minimum et des salaires des fonctionnaires sont sur la table du nouveau gouvernement. Même si l'augmentation des salaires des fonctionnaires de 2% et l'alignement du montant des pensions sur l'indice de l'inflation (soit une augmentation des retraites de 0,9%) remettent en théorie en cause le plafond des dépenses fixé par la Commission européenne, Pedro Sánchez s'est déjà engagé devant le parlement sur ces deux sujets. Par ailleurs, l'accord programmatique entre Unidas Podemos et le PSOE prévoit la constitution d'une commission pour étudier l'augmentation du salaire minimum en concertation avec les organisations patronales et syndicales. Le salaire minimum interprofressionnel devrait à l'issue de ces négociations s'élever à 60% du salaire moyen comme le prévoit la Charte sociale européenne, soit entre 1100 et 1200€ en ce qui concerne l'Espagne. Finalement, un autre sujet épineux devrait être l'abrogation partielle de la réforme du Code du travail qui avait rédigée par l'administration de Mariano Rajoy (PP). Les nouveaux budgets de l'État seront présentés au parlement dans quelques semaines.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.