Un « willkommen » catalan ?

En deux ans, l'État espagnol a reçu environ 1 000 réfugié-es, bien moins que les 17 000 qu'il s'était engagé à accueillir en 2015. Samedi dernier, une marée bleue de plusieurs dizaines de milliers de personnes a défilé du centre-ville de Barcelone jusqu'à la mer pour demander l'accélération des procédures d'accueil.

« Nous voulons accueillir ». C'est le cri de ralliement de la campagne menée publiquement depuis deux mois par Casa nostra, casa vostra, une ONG catalane qui milite pour le respect des réfugié-es de guerre arrivant en Europe. Répondant à son appel à la mobilisation dans Barcelone samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes ont constitué une marée bleue et se sont dirigées vers la Méditerranée pour réclamer l'accélération de la prise en charge de réfugié-es. D'autres manifestations ont également eu lieu à Mallorque (Baléares).

 

La manifestation aurait rassemblé 160 000 personnes selon la police, 300 000 selon les organisations © volemacollir

 

Selon la Commission espagnole d’aide aux réfugié-es (CEAR), le pays n’a accueilli que 6 % du quota qui lui a été assigné par la Commission européenne, environ 1 000 personnes pour 17 772 prévues. De plus, selon Ruben Wagensberg, enseignant et président de Casa nostra, casa vostra, l’argent alloué par l'Union européenne pour financer l’accueil serait utilisé par l'État pour refinancer ses propres centres de rétention, les centres d’internement d’étrangers (CIE), lieux de transit pour des milliers de personnes déclarées illégales par la justice pour une durée indéterminée, dans l’attente d'une expulsion qui souvent ne se matérialise pas dans les délais fixés par la loi.

Ces opaques conditions de rétention et les récentes révoltes dans ces centres ont toutefois rarement été évoquées à l'occasion de la manifestation qui a eu lieu ce samedi 18 février à Barcelone. Les organisations et les manifestant-es, environ 160 000 personnes selon la police municipale, ont davantage exprimé leur indignation face au non respect de la mise en place du plan d'accueil initial à l'endroit de la multitude de régugié-es ayant tenté de parvenir en Europe ces deux dernières années. Plus de 70 000 citoyen-nes avaient déjà signé un manifeste allant dans ce sens en amont de ce rassemblement, auquel près d'un millier d'organisations en tous genres ont pris part.

 

Serrat y CEAR piden el fin de las muertes de refugiados. Rescatemos #NuestroMediterráneo. © Comisión Española de Ayuda al Refugiado

 

Face à la retenue de l'État espagnol, seule autorité compétente en matière de concession du droit d'asile, divers mouvements souverainistes catalans font converger leur utopie républicaine avec la potentialité d'un accueil et d'un suivi de réfugié-es pris en charge uniquement par les admnistrations catalanes. Par exemple, des sympathisant-es des Candidatures d'Union Populaire (CUP) ont massivement participé à la manifestation derrière le slogan Desobeïm (« désobéissons »), un mot d'ordre dirigé à l'encontre de l'État espagnol et qui fait bloc depuis quelques années déjà parmis les plus jeunes.

Dans le même registre mais avec un soutien plus hétérogène, des militant-es des réseaux proches de l'Assamblea Nacional Catalana (ANC), -protagoniste incontournable des grandes mobilisations souverainistes en Catalogne-, ont également contribué à gonfler les rangs des manifestant-es et en ont profité pour tracter toute l'après-midi durant, afin de sensibiliser les manifestant-es à l'intégration des réfugié-es dans le cadre de la « création de la République Catalane », « la République de l'égalité », « un pays socialement juste, solidaire et prospère ».

 

Sur la Barceloneta, le happening d'une compagnie de théâtre simulait l'arrivée de pneumatiques surchargés de gens et un sauvetage piloté par l'ONG Pro Activa Open Arms, des volontaires actifs à Lesbos et au large de la Libye Sur la Barceloneta, le happening d'une compagnie de théâtre simulait l'arrivée de pneumatiques surchargés de gens et un sauvetage piloté par l'ONG Pro Activa Open Arms, des volontaires actifs à Lesbos et au large de la Libye

 

S'il est difficile d'évaluer dans quelle mesure le lien entre la volonté d'accueillir des réfugié-es et celle de valoriser le processus séparatiste a fait le succès de cette manifestation, la plupart des organisations politiques inclues dans la coalition gouvernementale indépendantiste Junts pel Sí ont en tous cas participé au défilé, comme en témoigne la présence de la présidente du Parlament, Carme Forcadell (ERC), ainsi que celle de Raül Romeva (ERC), conseiller chargé des Affaires Extérieures et des Relations Institutionnelles. Pour ce qui va de cette année, le Govern de Catalogne n'a pour l'instant présenté qu’un plan au sujet des réfugié-es, dans lequel est prévu l’accueil de 100 personnes.

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