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Billet de blog 22 janv. 2018

Oxfam dénonce le mythe de la récupération

En Espagne, la réforme du Code du travail de 2012 a tiré les salaires vers le bas. Selon Oxfam, 58% des salarié·e·s en situation de précarité sont des femmes, généralement embauchées à temps partiel.

Sylvain Nandan
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« L’Espagne est aujourd’hui l’une des économies les plus compétitives, qui croît et crée de l’emploi au-delà des meilleures prévisions parce qu’elle produit, exporte et, en conséquence, consomme sans s’endetter ». Ces paroles ont été prononcées le 29 décembre dernier par Mariano Rajoy, à l’occasion du bilan qu’il a tiré de l’année 2017. À l’occasion, il a même ajouté que l’année finirait avec un taux de croissance du PIB avoisinant les 3,1%, qu’il y avait 19 millions de salarié·e·s et que plus de deux millions d’emplois avaient été créés au cours des quatre dernières années.

Cependant, même si ce type de discours vantant la « récupération économique » est devenue monnaie courante venant de l’exécutif, nombreux sont ceux qui s’élèvent pour en dénoncer l’argumentaire fallacieux en rappelant que celle-ci n’apparaît que dans les données macro-économiques et non pas à petites échelles. « Les bénéfices de la récupération économique sont injustement distribués : même si l'Espagne est une des économies de l’UE avec la croissance la plus forte, bien peu sont ceux qui y profitent de l’augmentation des rentes, au détriment du reste de la population ». C’est ce que dénonce Oxfam dans son rapport intitulé Réalité ou fiction ? La récupération économique dans les mains d’une minorité. Ce document démontre point par point que la rhétorique du gouvernement ne reflète en rien les réalités sociales, plus proches de la pauvreté et des inégalités économiques chaque jour.

Des riches toujours plus aisés et des pauvres encore plus en détresse


De très nombreuses organisations ont récemment critiqué l’État espagnol sur l’accroissement des inégalités économiques entre les différentes couches de la population. Des organismes internationaux comme l’OCDE, la Commission européenne ou le FMI ont plusieurs fois averti les pouvoirs publics à propos de la persistance des conséquences de la crise économique au sein de la majeure partie de la société espagnole. « L’Espagne est aujourd’hui une société plus inégalitaire et plus injuste qu’avant la crise. Et la récupération ne permet pas de changer la situation. Bien au contraire, elle perpétue cet état de fait », soutient Oxfam Espagne dans son dernier rapport.

En 2016, le nombre de personnes en situation de pauvreté a atteint un record dans le pays : plus de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 22,3% de la population totale. C’est du jamais vu depuis 1995.

De plus, l’Espagne est le pays de l’Union européenne où les inégalités ont le plus augmenté depuis 2007 : selon Oxfam, « de 2013 à 2015, pour 100€ provenant de la croissance économique, 29€ sont allés renforcer les rentes les plus élevées, alors que seuls 8€ ont fini dans les mains des 10% les plus pauvres ». En d’autres termes, « la récupération économique a favorisé quatre fois plus les riches que les pauvres ».

Le problème des travailleurs pauvres

On ne sort pas de cette situation d’inégalité avec un contrat de travail. Comme le constate Oxfam, la rémunération des salarié·e·s et les bénéfices engrangés par les entreprises n’évoluent pas du tout au même rythme. Alors que les salaires ne sont toujours pas revenus aux niveaux antérieurs à la crise, les marges des entreprises sont, elles, rétablies depuis deux ans.

« La crise s’est accompagnée d’une baisse généralisée des salaires provoquée par l’explosion du chômage et par la réforme du Code du travail de 2012 ; cependant, la récupération économique n’a pas empêché que le « coût du travail » par salarié·e demeure congelé depuis lors », affirme l’ONG. C’est « le problème des travailleurs pauvres ». Leurs rétributions ne leur permettent pas de boucler le mois : 47% des salarié·e·s espagnol·e·s gagnent moins de 1 000€ par mois, ainsi que l’a dénoncé Gestha, syndicat des fonctionnaires du ministère des Finances. Cela représente plus de 8 millions de personnes.   

Les chiffres du chômage ont pourtant substantiellement été améliorés. Fin novembre, le pays comptait 3 474 281 personnes au chômage, le niveau le plus bas depuis 8 ans (données du ministère du Travail). Cependant, le type d’emploi créé ne freine pas les inégalités. « La précarité de l’emploi qu’offre la récupération économique et l’inégale répartition des gains de productivité » en sont la cause.

Selon l’ONG, 2012, l’année de la réforme du Code du travail, a représenté « une rupture dans la relation entre la productivité par heure travaillée et le salaire par heure travaillée ». Depuis le premier trimestre de l’année, la productivité a augmenté de 6%, mais les salaires, en revanche, se sont pratiquement maintenus au même niveau. Autrement dit : « la productivité par heure travaillée a augmenté dix fois plus que le salaire moyen ».

Une fois encore, ces données bénéficient à ceux qui possèdent le plus : à mesure que les bénéfices des entreprises augmentent, « la moyenne des rentes des plus riches est 308 fois plus élevée que les revenus moyens de l’ensemble de la population ».

 

Femme et jeune : le profil qui souffre le plus des inégalités

Il existe une inégalité profonde au sein même des salarié·e·s. Selon un rapport d’Oxfam datant de novembre 2016, les salaires les plus bas ont chuté de 28% au moment de la crise.

Depuis le début de la crise, l’indice de Gini appliqué aux salaires a augmenté de plus de deux points en 2015, passant de 32,3 à 34,3. Et qui souffre des pires conditions ? Principalement les femmes, puisque, selon Oxfam, 58% des salariés précaires sont des femmes. Ce qui peut s’expliquer par plusieurs phénomènes : elles occupent la majorité des emplois à temps partiel, elles travailleraient moins longtemps que les hommes et elles obtiennent des emplois dans des secteurs socialement moins reconnus. Par conséquent, la brèche salariale entre hommes et femmes continue de constituer un grand problème : une différence de 20%.   

Le travail à temps partiel, de la même façon, affecte aussi les jeunes. Les contrats de ce type ont augmenté en grande partie suite à la crise, de 16% en général. Pour les moins de 25 ans, en revanche, c’est 54% d’augmentation, trois fois plus.

Article de Lara Carrasco [traduit partiellement], paru dans infoLibre.

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