Élections basques : Podemos fait sa rentrée, PS et PP derniers de la classe

Íñigo Urkullu (PNV), le Président centriste sortant, remporte largement ces élections régionales, toutefois sans majorité absolue, la faute à un électorat de gauche plus conséquent, bien que divisé.

Dominant le scrutin de ce 25S, la liste du Parti Nationaliste basque remporte les élections basques pour la dixième fois de son histoire. Avec 37,65% des voix, Íñigo Urkullu améliore même son précédent résultat, offrant au passage deux sièges de plus à son parti (29 sur 75, contre 27 précédemment).

Urkullu pourrait gouverner sans demander l'appui de quiconque. © Europa Press Urkullu pourrait gouverner sans demander l'appui de quiconque. © Europa Press

  • Íñigo Urkullu et le PNV, un bilan satisfaisant pour la société basque

Ce bon résultat couronne donc l'engagement du Parti Nationaliste auprès de la majorité des basques. Il met également en exergue le caractère singulier de cette communauté autonome, affranchie du terrorisme séparatiste d'ETA depuis cinq ans seulement, et qui se cherche encore un récit collectif fédérateur. À ce titre, le bilan du précédent et sans doute prochain Président du gouvernement basque pourrait être le suivant : une politique mémorielle "libre et plurielle" de la reconnaissance, avec en 2014 le vote de la création de l'Instituto Gogora, inauguré l'année suivante à Bilbao, puis le vote d'une loi donnant un statut aux victimes d'abus policiers, une autre sur la réinsertion des prisonniers politiques, et enfin la promesse d'autres textes de lois sur la reconnaissance et l'indemnisation des victimes du terrorisme, voire du terrorisme d'État.

Cette récente volonté de justice historique s'est également accompagnée d'une situation économique particulière, car si la dette publique du Pays basque a augmenté de 3,2 milliards d'euros depuis 4 ans et de 547 millions en un an par rapport au second trimestre 2015, le PIB par habitants a lui augmenté (30 500€/habitants)[1], et le Pays basque reste la deuxième communauté autonome avec le moins de dettes (4 800€/habitants)[2]. Sur le plan électoral, le PNV a peut-être ainsi tiré profit de cette situation économique particulière par rapport au reste de l'Espagne, avec notamment une légère réduction du chômage[3] et une augmentation significative des budgets concernant la Santé (5%) et l'Éducation (7,5%, avec là encore une singularité notable par rapport à l'Espagne, car 50% des élèves basques sont dans des établissements privés).

  • EH Bildu et l'indépendantisme basque refluent

Pour Euskal Herria Bildu (EH Bildu), plateforme anticapitaliste fondée en 2012 autour d'une dizaine d'organisations séparatistes, l'émergence d'un nouveau parti politique, en l'occurrence d'Elkarrekin Podemos, soulevait bien des interrogations quant à la capacité de résistance de la gauche abertzale. L'organisation indépendantiste se différenciait jusqu'alors par un discours patriotique et offensif vis-à-vis des partis centralistes (Parti Socialiste et Parti Populaire) mais observait une certaine neutralité face au PNV. En pleine résurgence de l'indépendantisme politique, cela lui avait valu, dès sa première candidature, de devancer le Parti Socialiste de 5 sièges aux élections régionales de 2012 (21 sièges contre 16), agrémentant ainsi la thèse de la future disparition des partis centralistes au Pays basque, ceux-là cessant d'être majoritaires.

Finalement, à l'image de l'indépendantisme basque, dont les idées sont toujours défendues par 1 basque sur 6 selon les derniers sondages, EH Bildu est parvenu aux termes de ces élections à maintenir son hégémonie dans un espace taillé à sa mesure. La formation indépendantiste obtient 17 sièges (21,23% des suffrages exprimés), emmenée par un protagonisme médiatique détonnant grâce à la candidature avortée d'Arnaldo Otegi, ancien porte-parole d'ETA libéré en 2016 après avoir purgé une peine de 6 ans. En raison de sa personnalité, et surtout de son inéligibilité, l'histoire romancée de sa non-candidature a sans doute contribué à masquer l'absence d'un programme électoral convaincant, contenant ainsi l'immergence de Podemos au Pays basque, région que la formation a remporté lors des dernières élections générales du 26 juin.  

Hommage rendu en mars à Arnaldo Otegi, 3 jours après sa sortie de prison. © Euronews

  •  L'émergence de Podemos contribue à l'effondrement du Parti Socialiste 

Depuis l'université d'été de Podemos à Madrid, on a scruté avec intérêt le premier résultat électoral de la plateforme Elkarrekin Podemos aux élections régionales basques (14,83%). Regroupant autour de Podemos les écologistes d'EQUO et les communistes d'Ezker Anitza (Izquierda Unida), la plateforme semble ici ateindre ses limites au jeu des vases communicants, dans lequel Podemos est lancé depuis sa fondation en 2014. Avec finalement 11 sièges pour 156 671 votes, il semblerait qu'Elkarrekin Podemos prenne seulement 4 sièges aux indépendantistes d'EH Bildu (224 254 voix), contre 7 sièges aux socialistes basques (126 139)[4]. Ces résultats sont bien loin de ceux obtenus lors des dernières élections générales du 26J, lors desquelles la liste Unidos Podemos avait gagné le scrutin au Pays basque, devançant même le PNV.

S'ils ont encore sanctionné les socialistes, les électeurs basques ont donc bien marqué la différence qu'ils établissent entre un scrutin national et un scrutin régional. À l'occasion des élections du 26J organisées dans la communauté basque, Unidos Podemos avait siphonné des suffrages chez presque tous les partis, et récolté 333 730 voix et 29% des suffrages exprimés, devant le PNV (286 215 votes), le PSE (163 628), EH Bildu (152 782) et le PP (147 639). Cette fois, il semble que le positionnement favorable de Podemos quant à une éventuelle consultation concernant l'autodétermination n'ait justement pas été déterminant, et que les électeurs se soient davantage tournés vers des figures déjà connues plutôt que de déléguer leur confiance à liste emmenée par Pilar Zabala, seule candidate à la présidence engagée dans ce scrutin[5].  

 


[1] Chiffres de l’Instituto Nacional de las Estatísticas (INE).

[2] Le Pays basque est la deuxième communauté autonome la plus riche d’Espagne en termes de revenus annuels par habitants, juste derrière Madrid. Toutefois, ces chiffres sont à nuancer car en termes de volume, le Pays basque demeure la huitième communauté autonome la plus endettée d’Espagne, avec 10,450 milliards d’euros de dettes publiques (soit 15,60 % du PIB basque).

[3] Avec un taux de chômage stabilisé autour de 12,5% depuis quatre ans, le Pays basque est la communauté autonome la "moins" affectée par la crise de l'emploi en Espagne.

[4] En n'obtenant que 9 sièges, le Parti Socialiste Euskara, -qui a toujours participé aux gouvernements basques depuis 1986, notamment en offrant son appui au PNV-, enregistre cette fois son pire résultat au Pays basque, manquant de peu de se faire dépasser par le PP, qui lui aussi obtient 9 sièges. On peut à présent dire que ces deux partis se valent aux yeux des électeurs basques.

[5] Ondotologue de formation, Pilar Zabala est par ailleurs connue au Pays basque pour être la soeur d'une des premières victimes de la répression étatique organisée par les GAL (Groupes Antiterroriste de Libération), des commandos spécialisés dans la lutte anti-terroriste et connus pour leurs méthodes violentes. Lors d'un débat télévisé récent, Zabala a demandé à Alfonso Alonso, le candidat du PP, s'il la considérait ou non comme une victime du terrorisme, c'est-à-dire victime d'un terrorisme d'État, ce à quoi Alonso a répondu qu'elle ne l'était pour l'instant pas au regard de la loi. Dans le cadre de sa politique mémorielle, le prochain défi du PNV sera sans doute d'amener l'État à reconnaître sa part de responsabilité dans le conflit qui l'a opposé à ETA.

© Xavi Paba

 

 

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