La Catalogne se trouve à la gauche de l'Espagne

Seules deux Communautés Autonomes ont échappé à la victoire du Parti Populaire : le Pays Basque et la Catalogne. Au regard des forces en présence dans ces deux régions, l'opposition au Parti Populaire s'y apparente de plus en plus à une dissidence.

Barcelone.

La victoire avait hier soir un goût salé pour les militants et les élus du mouvement En Comú Podem. Malgré les douze sièges obtenus au Congrès, exactement le même résultat que six mois auparavant (24 %), il y avait des larmes dans les yeux. Personne ne les attendait là il y a peu, certes, mais le malaise était grand, notamment au regard des résultats nationaux d'Unidos Podemos (UP), qui n'a pas mobilisé autant que les sondages et les militants le prévoyaient. ECP n'obtient par ailleurs que 4 sénateurs, n'ayant pu améliorer le résultat du 20D.

Par ailleurs, la principale opposition à En Comú en Catalogne demeure le traditionnel parti sécessioniste de gauche, Esquerra Republicana CatalanaSollicité par 629 294 votants, soit 18,17 % des suffrages exprimés, ERC-CATSÍ emporte les provinces de Lérida et de Gérone et obtient de nouveau neuf fauteuils. La grande nouveauté de ce scrutin en Catalogne pour ERC, c'est d'avoir dérobé 4 fauteuils de sénateurs à CDC, le parti catalaniste de droite qui arrive en troisième position. ERC-CASTÍ est en Catalogne le grand vainqueur au Sénat, totalisant dorénavant dix fauteuils, contre six précédemment.

Enfin, derrière CDC, qui totalise huit sièges au Congrés et deux au Sénat pour cette hypothétique législature, le Parti Socialiste Catalan (PSC) a su mobiliser 558 033 voix (16,12 %), mais perd un député, au profit du PP, et n'en compte désormais plus que sept. Le Parti Populaire, après avoir ravi un siège aux socialistes, totalise six député-e-s en Catalogne, pour cinq précédemment. Comme partout en Espagne, la formation de Mariano Rajoy améliore son score, malgré le dernier scandale ayant affecté le Ministre de l'Intérieur, dont des bandes audios clandestines ont mis au grand jour les tactiques de déstabilisation politique des indépendantistes. Ciudadanos, qui perd 80 000 voix, maintient cinq député-e-s catalan-e-s au Congrès.

Alicia Sánchez (au centre) dirige le PP en Catalogne. Alicia Sánchez (au centre) dirige le PP en Catalogne.

Au total 28 député-e-s de gauche catalan-e-s ont donc conservé leurs fauteuils. Seul Mohamed Chaib Akdin, du PSOE, n'ira pas à Madrid. Pour tous les partis en lice en Catalogne, ces élections générales pouvaient être vues comme un tour de chauffe en vue d'éventuelles élections anticipées en cas de dissolution de la Generalitat. La Catalogne traverse actuellement une crise politique qui dure depuis bientôt dix mois. Récemment, les anti-capitalistes de la CUP (Candidatura d'Unitat Popular) ont cessé d'appuyer la coalition de gouvernement indépendantiste incluant républicain-e-s, chrétien-ne-s démocrates et divers mouvements néolibéraux et néoconservateurs, freinant ainsi la mise en place de la Déclaration Unilaterale d'Indépendance et gelant par ailleurs tous les budgets. Le vote de confiance auquel doit à présent se soumettre l'actuel Président catalan aura lieu le 11 septembre prochain, jour de la fête nationale catalane. Pour l'instant, le PP n'a aucune solution constitutionnelle à proposer pour la Catalogne, alors que cette région est, avec le Pays basque, le poumon économique du pays. 

Le 11 septembre dernier, environ 1,5 millions de catalans réclamaient l'indépendance de la Catalogne. © Barcelona.cat

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