Je me souviens...

Lorsque le dernier oiseau se sera tu, personne ne s’en apercevra, dans le brouhaha des villes peut-être un arbre frémira-t-il ?

Je me souviens de mon père, dans mes souvenirs d’enfance, je le vois toujours bleu, du bleu de la bouillie bordelaise avec laquelle il sulfatait la vigne.


Je me souviens de lui, pleurant derrière la vitre du salon, quand la grêle anéantissait une année entière de travail, parfois plus.


Je me souviens aussi de lui, très fier sur son tracteur, avec à ses côtés et dans la benne, de jeunes et joyeux vendangeurs (ses) venus comme chaque année, de l’Europe entière faire les vendanges chez nous.


Je me souviens aussi de son changement, de ses colères liées à ce travail qu’il aimait tant et de ses exclamations qui revenaient de plus en plus souvent: «Mais qu’est-ce qu’ils me font passer sur la vigne ? Lorsque je me retourne, tous les oiseaux sont morts sur les côtés ! » Il ne supportait pas la panoplie protection que son patron voulait l’obliger à porter sur le tracteur quand il sulfatait : gants, bottes, masque à cartouches filtrantes, lunettes, combinaison. Ma mère lui faisait part de son inquiétude : « Antoine, il y a une tête de mort sur tous ces sacs, c’est dangereux tu dois te protéger ! » Mais l’été avec la chaleur, c’était insupportable… Alors il pulvérisait insecticides et herbicides sans aucune protection, à l’époque, il y a de ça une quarantaine d’année, il n’y avait pas non plus de cabine sur les tracteurs, enfin pas chez nous.


Et puis je me souviens de sa longue maladie et de sa souffrance, comme il ne pouvait plus travailler, après une vie de bons et loyaux services, son patron l’a mis dehors, il l’a obligé à quitter ce qu’il aimait le plus au monde, la nature. Nous nous sommes tous retrouvés en HLM où il est mort peu de temps après, comme les oiseaux de ses champs, les poumons brûlés, j’étais alors adolescente.
Il m’a transmis des valeurs essentielles : l’amour de la nature, la tolérance, le partage, chez nous l’assiette du pauvre était toujours posée et dans la grange, il m’arrivait parfois de trouver au petit matin, un vagabond endormi dans le foin. Il ne jugeait jamais les gens, ni sur leur couleur de peau, ni sur leur vie.
Mon combat pour aider les SDF et pour la protection de l’environnement, c’est à lui que je le dois, il était mon héros, mon grand schtroumpf bleu…


C'est aussi ça la pollution, beaucoup de souffrance humaine, de maladies... La marche du progrès, par d’habiles tours de passe-passe intergénérationnels gomme au fil du temps, une partie du vivant et de son rôle, en tentant de masquer maladroitement cette perte tragique, par des mesures dites ‘environnementales’, sous les appellations rassurantes de développement soutenable ou durable, de résilience, d’adaptation au dérèglement climatique… La vérité c’est que tout le monde est «paumé» et que les changements que nous vivons, associés à la vitesse à laquelle ils se produisent sont inédits. Dans un Rapport de l’Académie des sciences, publié l’année dernière on peut lire : «la vitesse actuelle de l’augmentation de la concentration en gaz carbonique atmosphérique et de la température globale sont depuis le début de l’ère industrielle respectivement 70 et 1 050 fois plus élevée que durant les 420 000 dernières années.» (1)


Je n’ai pas honte de dire que ces chiffres me font peur. Je pense à tous les enfants et je ne suis pas seulement triste pour eux, à l'idée qu’ils ne connaîtront jamais, la richesse et la diversité du chant des oiseaux dans les plaines, j’ai aussi peur pour eux. Alors je me bats pour que l’éducation à l'Environnement soit enseignée en milieux scolaire car c’est à mon sens,  le chemin d’apprentissage vers l'alternative à la société de consommation, je me bats pour que l’Etat prenne toutes les dispositions législatives et pédagogiques nécessaires pour favoriser la transition écologique, en commençant par là où elle doit commencer : L’EDUCATION des enfants. Je me bats pour que tous les petits «schtroumpfs bleus» deviennent un jour des éco citoyens responsables et solidaires.


Si vous voulez m’aider dans ce combat, vous pouvez signer et partager le texte de ma pétition qui est ici :

https://www.change.org/p/oui-a-l-education-au-developpement-durable-non-au-service-national-universel

 

(1) Les mécanismes d’adaptation de la biodiversité aux changements climatiques et leurs limites

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