Quand dire, c'est faire... le climat

« Il était une fois le climat »… qu’on commence à douter d’un « happy end » et se pose la question des intentions et de l’identité du conteur. Qui nous raconte cette histoire, en quels termes et quels sont les enjeux ? D’où parle celui qui prend la parole ? A ces quelques questions fait écho l’appel à contribuer à cette histoire du climat dans laquelle nous sommes pris.

« Il était une fois le climat »… qu’on commence à douter d’un « happy end » et se pose la question des intentions et de l’identité du conteur. Qui nous raconte cette histoire, en quels termes et quels sont les enjeux ? D’où parle celui qui prend la parole ? A ces quelques questions fait écho l’appel à contribuer à cette histoire du climat dans laquelle nous sommes pris. Contribuer à quoi ? C’est quoi le climat ? La polysémie du mot et sa proximité avec le registre météorologique rend sa saisie difficile.

Plus encore, c’est le « problème » climatique qui fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. Prédictions, modèles numériques, concentrations des gaz à effet de serre… Dans leur ouvrage intitulé Gouverner le climat ? et consacré à 20 ans de négociations internationales, Amy Dahan et Stefan Aykut nous présentent même le changement climatique comme un objet de science, un problème politique, voire un enjeu de civilisation.

Le plus simple serait bien sûr de s’en remettre aux définitions savantes, de convoquer les variables statistiques,  le long terme, les institutions et les universitaires… mais quelque chose nous chante à l’oreille que l’expérience immédiate que nous avons toutes et tous du climat constitue un matériau inexploité. Pour le dire autrement, comment se fait-il que le problème climatique prend, malgré les innombrables travaux scientifiques, les successions de COP, les informations et les alertes… une ampleur jamais atteinte.

Sommes-nous insensibles aux sirènes alarmistes ? Les énoncés savants et les discours politiques nous atteignent-ils ? Qui des émetteurs ou des récepteurs faut-il interroger pour avoir un commencement de réponse ? Avons-nous besoin de  plus d’informations ?

On peut, à juste titre, se demander ce qu’on peut attendre de cet appel à contributions : à quoi bon ? On pourrait sans doute répondre qu’il s’agit tout simplement de mobiliser les medias et les lecteurs. On pourrait également suggérer que l’imaginaire qui s’exprime en marge des contraintes institutionnelles est une bouffée d’oxygène salutaire pour penser d’autres réalités. Quoi qu’il en soit, l’idée principale renverrait à créer comme le dit la philosophe Isabelle Stengers … «des connivences, des capacités neuves de résister là où le capitalisme divise… » et aussi croire dans la capacité de participation des scientifiques à l’intelligence collective des problèmes.

Contribuer favorise une intertextualité, un dialogue qui ne soit pas purement académique entre différents textes ou documents, littéraires ou scientifiques, présents ou passés, profanes ou savants.

Contribuer pour rappeler que la question climatique n’a pas seulement une dimension naturelle, que nombreuses solutions individuelles, locales ou collectives existent et que les oublier n’est pas une option.

Dire c’est faire … car il ne s’agit pas d’énoncer des vérités sur le climat mais de prendre la parole et de participer à l’histoire qui est en train de s’écrire.

Dire c’est faire, parce que nos paroles constituent des actes sociaux. Elles nous engagent, y compris vis-à-vis de nous-mêmes et peu importe qu’elles connaissent des échecs ou des succès.

Dire c’est faire entendre nos voix trop souvent réduites au silence, partager nos pratiques invisibilisées et produire des désirs d’avenir.

Là aussi se joue l’histoire du climat. Le problème climatique est un problème environnemental mais il déborde largement ce cadre ; les enjeux politiques, économiques et sociaux auxquels il fait écran le constituent en partie.

Beaucoup de débats, de réflexions, de commentaires portent sur les conséquences de l’augmentation des gaz à effet de serre et la notion d’anthropocène est là pour rappeler que nous sommes entrés dans une ère où l’homme est devenu une force géologique.

Mais aux conséquences sur Gaïa de cet évènement anthropocène, il importe d’accoler la notion de symptôme. Le changement climatique est aussi et surtout le symptôme de modèles sociaux profondément inégalitaires auxquels nous devons réfléchir ; les causes du changement climatique pas plus que l’exposition aux dangers et aux risques de ces changements n’obéissent dans l’espace et le temps à une distribution égalitaire.

Contribuer à écrire l’histoire du climat c’est contribuer à l’histoire de la réflexivité environnementale dont on ne dira jamais assez combien elle gagne à être inscrite dans une perspective écosophique, autrement dit une réflexion éthico-politique susceptible d’articuler trois dimensions constitutives de l’écologie ; le rapport à l’environnement, le rapport au social et l’écologie mentale. Trois domaines distincts du point de vue des pratiques, mais soudés par un principe commun : la détérioration des rapports de l’humanité à la nature, au social et à la psyché ainsi que les actions qu’elle engage à mener ne peuvent être pensées séparément.

Dire c’est faire car c’est penser de nouveaux mode de production du réel et de nouvelles façons … « de vivre désormais sur cette planète… » (F. Guattari, Les Trois écologies). 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.