Le climat change ? Et si nous changions, nous aussi ?

L'urgence écologique nous oblige à un choix de paradigme pour notre société

“Make our planet great again?”

«L’excellence développée par l’éducation n’est pas intellectuelle, elle est le fruit de l’habitude. Or c’est le rôle du législateur que de développer ces habitudes : l’éducation est une affaire politique, et c’est l’affaire politique par excellence.» (1)

Notre législation à travers sa Charte de l’Environnement qui a valeur constitutionnelle, que nous dit-elle ? Elle nous dit que nos habitudes doivent changer. Il est du rôle de l’Etat, de prendre toutes les dispositions législatives et pédagogiques nécessaires pour favoriser la transition écologique, en commençant par là où elle doit commencer : l’éducation.

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Le lien entre le projet du gouvernement d'instaurer un service national universel (S.N.U) à 16 ans et l’urgence écologique ne saute pas aux yeux. Comme on nous l' explique le service national  obligatoire  s’inscrit dans le parcours citoyen des élèves, débuté à l’école primaire et poursuivi au collège, il en sera l’aboutissement.  Emmanuel Macron pense que l’éducation de la jeunesse aux valeurs de la République est incomplète, que le brassage social ainsi que l’apprentissage de la vie en société au sein des établissements scolaires ne sont pas suffisants. Le SNU aura donc pour objectif de parfaire certains aspects éducatifs du parcours citoyen des élèves durant un mois :

Diffuser l’esprit de défense; inculquer des règles de vie commune; expliquer les droits et devoirs du citoyen; repérer et traiter les situations d’échec scolaire; éduquer à la résilience individuelle et collective; promouvoir la culture de l’engagement et le volontariat par des mesures attractives; apprendre les gestes qui sauvent; à survivre en environnement hostile; les initier au self défense… Le tout dans un contexte de brassage social. Evidemment, tous ces objectifs sont impossibles à atteindre  en un mois et ce, même avec la plus grande discipline, pédagogie et toutes les formules attractives qui puissent exister. Il faut donc commencer beaucoup plus tôt dans le parcours scolaire, ce travail de formation.

C’est ainsi que depuis la rentrée 2018, au programme d'enseignement moral et civique de l’école et du collège, trois priorités ont  été données (2) : respecter autrui, acquérir et partager les valeurs de la République, construire une culture civique. Il ne s’agit pas là d’un hasard, il faut  accentuer, avant l’entrée au S.N.U les aspects du parcours citoyen, qui coïncident avec son contenu et ses priorités. Dans cette même logique, il est à prévoir que les rencontres avec des acteurs ou des institutions extérieures aux établissements scolaires s’effectuent prioritairement, avec des représentants des forces de l’ordre ou de l’Etat.

Mais revenons sur ce fameux parcours citoyen dans les établissements scolaires; Ce parcours qui commence à l’école élémentaire repose sur des connaissances dispensées dans le cadre des enseignements, des rencontres avec des acteurs ou des institutions à dimension citoyenne; des engagements dans des projets ou actions éducatives. Il couvre 8 grands domaines de l'éducation à la citoyenneté : la transmission des valeurs républicaines et du principe de laïcité; la culture de l'égalité entre les sexes et du respect mutuel; la lutte contre toutes les formes de discriminations; la prévention et la lutte contre le harcèlement; la lutte contre l'homophobie; l'éducation à l'environnement et au développement durable; l'éducation aux médias et à l'information; l'éducation à la défense.

L’implication de l’armée dans le projet du service national universel sera très importante, puisque c’est  elle qui va former les encadrants des jeunes appelés au S.N.U. et qui seront (dans le but de réduire le coût de cet encadrement) : des jeunes volontaires du service civique actuel, des étudiants parmi les élèves des écoles d'Etat : ENA, polytechnique..., mais aussi les futurs enseignants et les jeunes réservistes. Pourquoi l’armée ? Tout simplement car elle incarne les valeurs  de la patrie, la discipline, le sens de l’engagement et que ce sont ces valeurs, que notre Président Emmanuel Macron veut réinstaurer non seulement chez les jeunes mais aussi au sein de la communauté éducative.

Partant de là, nul besoin d’être devin, pour comprendre que les dispositifs déjà existants, qui visent à assurer le lien armée éducation au sein de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (référents Education nationale auprès des Délégation militaire départementale (DMD), trinômes académiques, professeurs des relais, défense des universités, professeurs retraités) vont être renforcés et complétés par de nouveaux :

- Des membres du Conseil supérieur des programmes (CSP) s'opposent à la manipulation des programmes par le politique (surtout sur le programme d'EMC) et démissionnent (3)... 

- Ce 03 octobre, les ministres de l’Education et de l’Enseignement supérieur ont présenté un décret "portant modification des modalités de nomination des recteurs"  Jusqu’à présent, seuls 6 recteurs sur 30 pouvaient être non universitaires, le décret double ce chiffre à 12. Et la question n'est peut être pas tant de savoir pour qui ? Mais pourquoi ? 

Il est temps que les syndicats enseignants s’affolent !

Mais alors, que devient l’éducation à l’environnement dans le parcours citoyen ? Où est la prise en compte de l’urgence écologique ? Dans un tel contexte, il n’y aura plus d’urgence écologique, ou plutôt si mais elle sera noyée dans une série de propositions d’engagement faite aux jeunes, sous prétexte qu’il faut leur laisser le choix de leur engagement, alors que ce choix, pas plus que nous d’ailleurs, ils ne l’ont plus. Avec cette priorité donnée au S.N.U (estimé au bas coût à 2 à 3 milliards d’euros par an) notre Président Emmanuel Macron se trompe de combat et des armes nécessaires pour le mener et ce pour plusieurs raisons :

  • Les effets du dérèglement climatique vont aggraver les tentations déjà très présentes en Europe de repli sur soi, l'ONU annonce 250 millions de réfugiés climatiques à l'horizon 2050. La tentation sera de plus en plus grande de protéger nos privilèges, le S.N.U avec sa forte connotation patriotique ne fera qu’augmenter cette tendance au repli identitaire : Le risque est grand de créer avec le S.N.U une véritable bombe à retardement pour notre démocratie. Imaginez un instant, ce que pourrait donner ce service national universel dans les mains d’un parti extrémiste au pouvoir en France ? Confier une telle mission à l’armée, non seulement ne répond pas à sa finalité mais pourrait entraîner un jour, une dérive vers un régime xénophobe voire totalitaire.
  • La menace climatique va alourdir et compliquer la fonction de protection des différents corps de l’armée, tout en les empêchant de remédier au problème de manière efficace car aucune force de l’ordre ne sera assez forte pour empêcher la destruction de l’environnement qui est en train de se produire : C’est la survie de l’humanité qui est en jeu aujourd’hui, pas celle de notre nation.
  • Les exigences en terme de moyens à déployer pour notre protection ne sont plus les mêmes, la tâche est immense et les retards pris en matière d’éducation à l’environnement s’accumulent de façon très inquiétante, L’article 1er de notre Charte de l’environnement qui a valeur constitutionnelle proclame : «Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé» Ce droit n’est plus garanti aux jeunes générations, il se heurte à de trop nombreux obstacles qui ont permis le développement de la pollution de notre planète, à un degré jamais égalé. Le résultat est que les dommages subis vont plus vite que les progrès réalisés. Les lobbys des géants industriels de la chimie et de l'agroalimentaire sont plus puissants que notre gouvernement et son armée réunis. Le seul moyen de les contrer sur le long terme est d’exiger dès à présent, une éducation à l’environnement de nos enfants qui conduise la majorité d’entre eux, de part les valeurs écologiques qu’ils auront acquises dès le plus jeune âge, à ne plus participer une fois adulte, à ‘l’exploitation de la planète, comme nous l’avons fait. Notre planète est aujourd’hui à son point de rupture car des générations entières ont manqué d’une éducation solide à l’environnement, de ses connaissances et de ses valeurs de respect fondamentales. 

Le citoyen du futur sera éco citoyen ou il ne sera pas.

Dans le parcours citoyen, la place occupée par l’éducation à l’environnement et celle de l’éducation à la défense, ne sont pas des éducations comme les autres, surtout actuellement.  Investir des milliards par an dans le S.N.U se fera donc forcément au détriment de l’éducation à l’environnement car celle-ci réclame elle aussi, des moyens très importants.

Prioriser l’urgence écologique nécessite une politique éducative cohérente d’ensemble, au niveau national : on ne peut pas concevoir d’enseigner l’environnement, sans  y associer la gestion de toutes les écoles et  établissements scolaires. Cela suppose dans chacun d'eux, une réflexion de l’ensemble des acteurs, une impulsion de leur direction, pour éduquer nos enfants et les former à  prendre en charge progressivement la transition écologique : Alimenter les cantines scolaires par les circuits courts et bio, équiper tous les établissements du tri sélectif pour les professeurs et les élèves, choisir des équipements bio dégradables, bannir un maximum, le plastique des établissements scolaires,  promouvoir des activités qui privilégient la récupération et le recyclage, afin de développer chez les enfants, le réflexe de ne pas jeter, multiplier les liens et les activités avec la nature etc. Il faut que les enfants soient dans un environnement cohérent avec ce qu’ils apprennent, pour que cette éducation se transforme chez eux, en habitude lorsqu’ils seront adultes.

Que la  Journée mondiale de l'environnement, célébrée le 5 juin soit l’occasion d’un grand rendez-vous citoyen et de dialogue territorial et Intergénérationnel dans toutes les écoles et les établissements scolaires ouverts aux familles, au public, à la presse, aux acteurs et aux experts de l’environnement, aux médias…Que la France entière puisse se retrouver pour un partage d’informations, de savoir-faire et de savoir-être autours de jeunes éco citoyens en devenir. Au 1ER Juillet 2017 seulement 18 % d’écoles et établissements scolaires étaient labellisés E3D, (cette labellisation académique voulant dire que ces structures scolaires associent tous leurs intervenants : administration, enseignants, personnel, élèves, parents d'élèves, dans une démarche d’éducation à l'Environnement.) Ce faible résultat prouve que l’Education à l'Environnement est la grande oubliée de la politique de transition écologique, alors qu’elle est l’une des pièces maîtresses, pour ne pas dire la pierre angulaire, d’un changement que nous attendons tous.

Il faut avoir certains chiffres sous les yeux, pour se rendre compte de l’ampleur de la tâche : Il s’agit de former par an, plus de 12 millions d’élèves et apprentis, plus de 860 000 enseignants (sans compter le personnel des cantines, de l’entretien …) Il s’agit de plus de  63 000 établissements scolaires à équiper.

Pourquoi l’éducation à l’environnement doit-elle être prioritaire sur le SNU ?

Nous pourrons marcher pour le climat  autant que nous le voudrons, nous pourrons battre la campagne avec des appels pour éveiller les consciences dans tous les coins de la terre, les scientifiques pourront tirer la sonnette d’alarme des milliers de fois, nous pourrons demander des tonnes de coquelicots, ce sera toujours insuffisant  si parallèlement à ces actions nos enfants ne sont pas éduqués et formés au respect de l’environnement. La société de demain ce sont eux qui vont la construire et si leur éducation ne s’ancre pas très tôt dans ce respect primordial, après il est trop tard, les mauvaises habitudes sont prises.

Alors oui, le service national universel va enseigner aux jeunes à survivre en environnement hostile, oui il va les former au self défense, mais quelle société voulons-nous pour eux ? Une société ou le déchaînement de la nature sera tel qu’ils auront besoin de survivre en environnement hostile ?  Une société où la violence va aller crescendo et dans laquelle tous nos enfants devront apprendre à se défendre ? Ne pensons-nous pas que les  jeunes générations ont déjà suffisamment de problèmes, sans en ajouter, en leur imposant la gestion future d’une planète dévastée par la pollution ? Je force un peu le trait volontairement mais dans le fond c’est aussi simple que ça, le Président Emmanuel Macron l’a dit le S.N.U est un projet de société, prioriser l’urgence écologique l’est aussi, il faut à présent faire un choix de paradigme.

 

(1) L’éducation à la citoyenneté : dressage ou libération ? Magloire Kede Onana

(2) http://cache.media.education.gouv.fr/file/30/73/4/ensel170_annexe_985734.pdf

(3) http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/07/05072018Article636663733456967939.aspx

Pour ceux qui souhaitent donner leur avis sur le service national universel une "consultation" publique est ouverte  :

https://www.gouvernement.fr/service-national-universel-snu

 

 

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