« Une Poste sans boîte aux lettres »

Créteil (Val de Marne) - Le Mont-Mesly, faisant frontière avec Bonneuil sur Marne, est un des quartiers de Créteil où la vie des cités prend tout son sens. Environ dix mille personnes y habitent constituant plus d’une vingtaine de nationalités...

Créteil (Val de Marne) - Le Mont-Mesly, faisant frontière avec Bonneuil sur Marne, est un des quartiers de Créteil où la vie des cités prend tout son sens. Environ dix mille personnes y habitent constituant plus d’une vingtaine de nationalités...
Desservi par trois lignes de bus RATP pas très fréquents mais il semble qu’un effort est consenti pour une plus grande régularité même s’il est toujours en deçà des besoins de la population. Le métro Créteil-Préfecture, terminus de la ligne 8, dont le prolongement bien nécessaire est promis depuis des années mais pas encore engagé.
Et le Mont-Mesly qui, il y a une dizaine d’années avait fait la Une comme lieu de tous « les trafics », semble aujourd’hui plus serein. Les services des parcs et jardins de la municipalité font un remarquable effort pour embellir les parterres de fleurs et les allées d'arbres rendant le cadre plus agréable pour les personnes qui y vivent ayant le plaisir et la fierté de leur quartier. Un grand marché le mardi et le vendredi, des centres commerciaux de taille réduite (Créteil Soleil n’est pas loin) dont celui de l’Abbaye, le seul où il y a un bureau de Poste.
Très fréquenté, pas très accueillant, avec un contreplaqué à la place d’une baie vitrée cassée et non remplacée depuis plusieurs mois, ce bureau a une particularité, il n’y a pas de boîte aux lettres accessible de l’extérieur.
Si on veut poster une lettre le soir, les jours de fermeture ou même entre midi et deux (fermé pour déjeuner) on ne peut pas car aucune boîte aux lettres n’est installée, ni dans la façade du bureau ni en face. D’ailleurs à l’intérieur il faut déposer le courrier de plus en plus tôt (actuellement 16 heures) pour qu’il puisse partir le jour même. Cette non-considération pour les usagers ou, plus moderne, les clients de la Poste est un signe de l'absence d'attention envers les autres, ces populations qui ont stigmatise par petites touches !
Certes on écrit moins et, selon un voisin « ils pensent qu’on ne sait pas écrire » mais tout de même quand on évoque le service public comme un élément essentiel du tissu relationnel on constate bien qu’il s’agit ici -comme ailleurs- du démantèlement progressif de ce qui devait être un lieu au service des usagers.
Le discours officiel d’une Poste performante dont la privatisation serait le seul issu, est confirmé par cette forme « d’abandon » de populations peu intéressantes du point de vue électorale. Une jeune guichetière expliquait que «ce n’est pas un bureau très rentable », sans préciser les critères qui l’amenait à dire cela mais ayant bien intégré les consignes de l’institution.
En réalité il s’agit de distinguer la « rentabilité comptable» qui prise comme telle ne peut qu’être réductrice, d’une «rentabilité sociale» facilitant la vie des personnes qui y demeurent souvent confrontées à des difficultés de travail et d’insertion.
Cette rentabilité sociale (qui a un coût) est celle de la volonté politique qui donne la priorité à ceux qui constituent la cité, les personnes, et qui prévient du coup « les risques que l’abandon provoque » dont le coût est bien plus élevé.

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