Se perdre

Se perdre. Annie Ernaux. 2001 J’ai lâché à 150, mardi 6, «réveil noir»J’ai eu peur. J’étais épuisé. Je n’en pouvais plus.Peut-être était-ce le fait que le texte soit du brut, des notes d’un journal ?Peut-être était-ce un regret abyssal d’une histoire mienne, elle-même abyssale, morte au coin d’une table de cuisine avec un couteau pointé vers la jeune femme traquée qui a fui dans une crainte bestiale ?

Se perdre. Annie Ernaux. 2001

 

J’ai lâché à 150, mardi 6, «réveil noir»

J’ai eu peur. J’étais épuisé. Je n’en pouvais plus.

Peut-être était-ce le fait que le texte soit du brut, des notes d’un journal ?

Peut-être était-ce un regret abyssal d’une histoire mienne, elle-même abyssale, morte au coin d’une table de cuisine avec un couteau pointé vers la jeune femme traquée qui a fui dans une crainte bestiale ?

Se perdre, dans la nuit de la violence de l’attente.

La violence de l’attente de cette femme pour cet homme ou pour ce « corps-homme » plutôt.

La violence d'une écriture presque sans un mot au sens habituel que l’on donne à ce mot.

 

Se perdre, là où les mots sont des coups de reins.

 

Parfois, il n’y a pas de mots pour sortir de l’instant tellement il est envahissant.

On se tient, animal, tout entier dans la passion physique, tout entier dans le livre.

Depuis que j’ai arrêté de le lire, ce livre, je picore des bouts de passions dedans.

 

Heureusement, les mots gagnent contre l’enchevêtrement total des corps.

Ne passez pas à côté de Se perdre.

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