1/3 : Analyse cognitive des politiques migratoires

images?q=tbn:ANd9GcRMmfJ08ki8t8yK-gwipgROPSTHHBH7yo37iD4lgpFryDvyGPQOBw Depuis les années 80, les politiques migratoires sont au centre des enjeux électoraux. Si l’action des gouvernements, concernant les migrants venus de l’extérieur, n’agit pas directement sur les besoins de la population, on peut en déduire que les politiques mises en place renforcent le sentiment d’appartenance à la nation, ou autrement dit, servent la communalisation. Weber définissait ce concept comme une relation sociale dans laquelle “la disposition de l’activité se fonde [...] sur le sentiment subjectif des participants d’appartenir à une même communauté”(1) . Lagroye quand à lui, expliquait que chaque politique reflète la volonté des gouvernants d’influencer la société, soit pour réguler les différents rapports entre les différents groupes la composant, soit pour légitimer de nouveaux moeurs (2).

Dès lors, la définition d’une politique publique passe par la nécessité de poser des objectifs à atteindre afin de concrétiser le renforcement chez la population d’un sentiment d’appartenance à la nation française. Ces objectifs, nous dit Muller, sont issus des représentations sociales du problème envisagé, que l’action des gouvernements va tenter de réguler (3). Par la mise en place de politique publique, la société construit alors son rapport au monde, et dans le cas des politiques migratoires, elles sont construites sur la vision des dirigeants, des élites, notamment par l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) et non d’une multitude d’acteurs de la société civile. En effet, les représentations des migrants, des associations et des pays originaires des flux migratoires ne sont pas considérées dans la construction de l’action gouvernementale. Ces derniers sont contraints à participer à l’application de ces politiques à travers les conditions de l’aide au développement. Que ce soit par l’aide apportée par les organisations inter gouvernementales, dans le cadre des plans d’ajustement structurel imposés par le Fond Monétaire Internationale et par la Banque Mondiale, ou par les états dans le cadre de la coopération décentralisée, l’aide financière est toujours conditionnée par le contrôle de leur population et le renforcement des frontières.

De plus, le constat de l’uniformité actuelle des propositions en matière de politique publique concernant le traitement des migrants qui souhaitent s’installer ou simplement voyager à travers la France, m’amène à me demander quelles représentations prolifèrent dans l’ensemble de la classe politique, sauf exception, pour qu’aucune alternative ne soit proposée. Il est alors intéressant de tenter une approche cognitive des politiques migratoires afin de comprendre quelles croyances amènent à un tel résultat. Dans un premier temps, je décrirais selon le terme de Pierre Muller la construction du référentiel global auquel se réfère les politiques migratoires, pour ensuite tenter une approche du discours politique par rapport aux politiques migratoires afin de comprendre comment ce référentiel s’ancre dans le discours politique et les conséquences sur la population.

Jeremy Cheong Chi Mo

Etudiant à Sciences-Po (Lyon)

Demain, l'immigré, ex-colonisé : figure de l'ennemi intérieur

(1) Max Weber, Economie et Société, Paris, Pocket, “Agora”, 1995, tome 1, p. 78.
(2) Jacques Lagroye, Bastien François, Frédéric Sawicki, Sociologie politique, 5e éd. , Paris, Presses de Sciences Po et Dalloz, “Amphithéâtre”, 2006, p. 507.
(3) Muller Pierre, Les politiques publiques, 8e éd., Paris, P.U.F. « Que sais-je ? », 2009, p 57.

http://osons-savoir.com/2011/09/analyse-cognitive-des-politiques-migratoires-introduction/

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