Billet de blog 30 juil. 2014

Nous condamnons la violence d’État contre les exilÉ.e.s du calaisis

Un collectif de chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires dénonce « le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels ». Il rappelle que les droits à l'hébergement, à l'accès aux soins, ainsi qu'à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. 

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Un collectif de chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires dénonce « le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels ». Il rappelle que les droits à l'hébergement, à l'accès aux soins, ainsi qu'à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. 


À Calais, le 2 juillet 2014, 610 étrangères et étrangers ont été une nouvelle fois délogés par les forces de l’ordre du lieu où elles et ils s’abritaient faute de solution alternative. Il en est systématiquement ainsi depuis que, le 5 novembre 2002, le gouvernement français a fermé et détruit le centre d'accueil des « réfugiés » situés sur la commune de Sangatte et géré par la Croix-Rouge. 

Le 22 septembre 2009, la jungle de Calais a été évacuée et détruite. 276 migrants, dont 135 mineurs, ont été arrêtés. 

Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les camps et lieux de vie des migrants se sont multipliés autour des ports et le long des autoroutes A16, A25 et A26 (Angres, Norrent-Fontes, Tatinghem, Grande Synthe, Steenvoorde...). Ils y survivent dans des abris de fortune, dans la promiscuité et l'insalubrité. Ces lieux sont régulièrement détruits. 

Ces derniers mois, les événements se sont accélérés. Les évacuations des lieux de vie, les arrestations et les violences policières se sont multipliées. 

Le 28 mai, à Calais, les lieux de vie et les biens personnels de plusieurs centaines de migrants sont détruits sur décision préfectorale pour cause d'une épidémie de gale ignorée depuis deux mois par l'administration malgré les appels répétés des associations. Le même jour, en protestation, les exilés occupent l’esplanade grillagée utilisée par les associations lors des distributions de repas.

Le 2 juillet, ce lieu est évacué en même temps que trois squats. Plus de 600 personnes (dont 121 mineurs) font l’objet de contrôles d’identité, sont emmenées dans des bus vers différentes villes et les documents de certaines d'entre elles sont confisqués. 206 personnes sont enfermées dans différents centres de rétention administrative. Ainsi éloignées, elles se retrouvent privées de leurs soutiens militants. Dans les jours suivants, la quasi-totalité des exilés interpellés sont de retour dans les rues de Calais.

Le 12 juillet, une manifestation de soutien réunit plus de 500 personnes. Le même jour, l'ouverture d'un nouveau squat dans une usine désaffectée, soutenu par plus d’une trentaine d’associations locales et nationales, est rendue publique.

Le 22 juillet, cinq personnes – trois migrants et deux militants – sont convoquées au Tribunal d'instance de Calais dans le cadre d'une audience d’urgence à la suite d’une plainte du propriétaire du site occupé. Cette plainte invoque la dangerosité de cet ancien site industriel, alors même que les zones les plus dangereuses ont été interdites d’accès par les occupants eux-mêmes. 

Jeudi 24 juillet, le tribunal a statué pour l'expulsion, comme si l'occupation de l'usine relevait d’une envie collective de pur confort. Il n'a pas reconnu l'état de nécessité dans lequel se trouvent les exilés par la faute d’un État qui ne respecte aucune de ses obligations : droit à l’hébergement universel défini comme une « liberté fondamentale », droit au respect de la dignité humaine, droit à des conditions matérielles d’accueil définies par la loi pour les demandeurs d’asile, droit à la protection et à des mesures éducatives pour les mineurs isolés, droit à la santé, etc.

Nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et universitaires,

Nous dénonçons le harcèlement policier, la multiplication sans alternative des évacuations des lieux de vie des migrants, et les destructions de leurs abris et effets personnels. Venus d'Afghanistan, d’Érythrée, du Soudan ou de Syrie, ils n'ont pourtant d'autres choix que de fuir la violence, l'injustice, la corruption et la misère.

Nous rappelons que les droits à l'hébergement, à l'accès aux soins, ainsi qu'à la protection des mineurs isolés sont des droits fondamentaux. Nous nous préoccupons du respect de ces droits ainsi que du respect de la dignité humaine sur l'ensemble du territoire français.

Nous constatons que l'assistance à personne en situation de grande précarité est aujourd'hui assurée par les associations et les militants alors qu'il s'agit de compétences de l'État.

Nous soutenons l'ensemble des associations et des militants engagés à Calais et dans les environs.

Nous interpellons le gouvernement et l'ensemble des élus pour qu'une solution de logement adapté et durable soit trouvée pour l'ensemble des migrants. 

Les premiers signataires sont :

Michel Agier, anthropologue, directeur d’études à l’EHESS
Étienne Balibar, professeur émérite de philosophie politique et morale, Paris Ouest Nanterre
Luc Boltanski, sociologue, directeur d'études à l'EHESS
Claude Calame, helléniste et anthropologue, directeur d'études à l'EHESS
Olivier Clochard, géographe, chargé de recherches CNRS, président de Migreurop
Jean-Philippe Dedieu, sociologue, New York University
Véronique De Rudder, sociologue, chargée de recherche CNRS
Éric Fassin, sociologue, professeur des universités, Paris 8
Virginie Guiraudon, sociologue du politique, directrice de recherche CNRS, Sciences Po
Smaïn Laacher, sociologue, professeur des universités, Strasbourg
Frédéric Lebaron, sociologue, professeur des universités, UVSQ
Danièle Lochak, professeure émérite de droit public, Paris Ouest Nanterre, présidente honoraire du Gisti
Lilian Mathieu, sociologue, directeur de recherche CNRS
Alain Morice, anthropologue, directeur de recherche CNRS, membre de Migreurop
Johanna Siméant, professeure de science politique, Paris 1
Patrick Simon, socio-démographe, directeur de recherche à l'Ined
Serge Slama, maître de conférences en droit public, Paris Ouest Nanterre
Alexis Spire, sociologue, directeur de recherche CNRS
Emmanuel Terray, anthropologue, EHESS
Maryse Tripier, sociologue, professeur émérite, Paris Diderot

Chercheurs et universitaires, si vous souhaitez signer cette tribune, veuillez prendre contact avec 
Mathilde Pette: mathilde.pette@gmail.com et Maël Galisson: contact@psmigrants.org

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