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Billet de blog 3 févr. 2009

De l’actionnaire, du patron de banque et de Sarkozy

Une question simple : que pense un actionnaire d'une banque française ?En tant que client, il hurle évidemment, mais en tant qu’actionnaire déjà chanceux de pouvoir se permettre de posséder des actions, que constate t-il ?

christophe auger
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Une question simple : que pense un actionnaire d'une banque française ?

En tant que client, il hurle évidemment, mais en tant qu’actionnaire déjà chanceux de pouvoir se permettre de posséder des actions, que constate t-il ?

Performances des cours de bourse depuis le 1 janvier 2009, depuis 1an, 3 ans et 5 ans

1 janv 1 an 3 ans 5 ans

BNPP -13% -60% -64% -48%

SG -13% -59% -69% -53%

CASA -12% -58% -69% -54%

CAC40 -9% -39% -41% -20%

Ce qui est troublant c’est que toutes les banques cotées sont aussi mauvaises les unes que les autres comparées à un indicateur global comme le CAC40 sur la même période. Et surtout elles affichent de piètres performances à l’identique entre elles.

Curieux ! On aurait pu penser que les matheux des dérivés actions de la SG, la quinzaine d’administrateurs de sociétés du CAC 40 membres du conseil d’administration de la BNP Paribas, ou que les mutualistes si proches des régions mais nuls en finance allaient connaître quelques disparités de performances. Que nenni ! Avec des mix métiers et des expositions géographiques différentes, les performances boursières des trois banques françaises cotées sont aussi mauvaises les unes que les autres selon le cabinet Arkoya.

Qu’en conclure ? Que pas un analyste, ni un gérant de fonds actions n’est capable de faire la différence ? Possible. Que les principaux managers des banques ne sont que des vieux cornichons et des arnaqueurs ? On n’oserait pas y croire.

Alors, que penser de leurs niveaux de rémunération ? Au regard des performances boursières, la complexité de la question de leur rémunération est bien réelle. Combien de millions mérite-t-on quand on se déplace avec une voiture avec chauffeur, quand on peut dîner en ville dans des endroits prestigieux et que l’on vit entouré d’assistants et de brillants conseillers et qu’avec ça on plante l’économie ? Difficile !

Le blâme est certes valable pour les banquiers d’autres pays, mais avec de tels émoluments, de telles diplômes, de tels conseillers à leurs disposition comment ne pas les tenir pour responsables ?

Le pire et c’est surtout ce que l’on peut leur reprocher, c’est que peu d’entres eux se sont publiquement inquiétés des dérives du système ces dernières années. Jean Peyrelevade, une exception, l’a fait au moment de partir du Crédit Lyonnais à travers plusieurs livres. Mais ces dernières années nous n’avons pas beaucoup entendus, ni lus les Pauget, Bouton, Prot, Milhaud et autres s’inquiéter des excès du système pouvant menacer l’ordre social. Comploteurs, génies menacés par des mafieux, crapules ou égoïstes obnubilés par leur retraites ? Qui le sait ? Cet aveuglement leur ôte aujourd’hui toutes circonstances atténuantes.

Mais il y a plus amusant : Sarkozy s’est opportunément insurgé contre les banquiers qui pourtant étaient loin d’être farouchement opposés à lui lors de sa campagne présidentielle. Ce n’est pas très reconnaissant de la part du Président. Mais c’est bien vu. S’en prendre à de vieux messieurs en costumes gris est moins bien risqué que d’affronter la fureur de la rue.

Et puis finalement les banquiers ne faisaient qu’appliquer une des devises de leur Président chéri: « travailler plus, pour gagner plus ! « Et là ils n’ont pas du tout failli, ils sont devenus millionnaires tout en snobant avec mépris les PME et la jeunesse du pays.

Pour finir, on pourrait naïvement penser que les banquiers sont en train de bien planter le mandat de Sarkozy (et de ceux d’autres élus en Europe). Mais n’allons pas trop vite, les banquiers sauront se racheter pour sauver l’ordre public. Au fait qui a publié le rapport Tracfin (tiens les banquiers bossent ?) concernant Julien Dray, loin d’être parfait, mais proche de la jeunesse « révoltable » du pays ? L’Est Républicain, filiale du Groupe EBRA contrôlé par le Crédit Mutuel. Tiens, encore une banque !

Bizarrement ? au même moment, c’est Jacques Attali qui s’émeut dans son blog du sort de la jeunesse du pays qui aurait d’après lui quelques bonnes raisons de se révolter.

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