Qui sera l’Enfant du nouveau système financier international ?

 

 

washington.jpg

 

Washington, la Rome moderne décadente

A quelques heures du choix du prochain locataire de la Maison Blanche et au moment où les élites des Etats-Unis sont en pleine déconfiture à cause de la crise, il est utile de réfléchir à la responsabilité de Washington au chaos ambiant. C’est dans l’air du temps, dans le dernier James Bond, Quantum of Solace, la CIA et les américains ont le mauvais rôle.

Les élites américaines sont depuis longtemps abreuvées de littérature sur la chute de l’Empire Romain en espérant éviter la leur : celle de Washington la décadente. Rappelons que Washington est aujourd’hui le centre cérébral et décisionnaire de la planète : on y trouve le FMI, la Banque Mondiale, le FBI, la Maison Blanche, la Fed, Le Capitole, la rue des Lobbyiste – Kstreet - , le Pentagone et pas très loin dans les bois de Virginie le siège de la CIA et de la NSA. La plupart des thinks tanks importants dont ceux des évangélistes chrétiens comme celui du très influent Richard Land (The Ethics & Religious Liberty Commission) sont situés à Washington.

Mais les symboles ne s’arrêtent pas là. Il y a aussi ceux de l’histoire : le consensus de Washington qui a façonné les relations avec beaucoup de pays, mais surtout le fait que Washington incarne les principes fondateurs des Etats-Unis. C’est une ville d’architecte, et peut-être d’architectes du Monde. Au regard de la crise mondiale qui émerge, on peut dire que l’architecture est en train de craquer ou encore que les élites sont corrompues à l’image de la Rome décadente. Pour ceux qui ne le savent pas, les scandales liés à l’argent ou la moralité touchent un grand nombre des membres de l’élite des Etats-Unis : des membres du Congrès, en passant par des hauts responsables de la CIA jusqu’aux dirigeants de grandes entreprises…Le dernier livre de Patrick Sabatier « Washington Confidential » (JC Lattès), correspondant du Point à Washington, est sur ce sujet effarant.

 

Une série de crises angoissantes

Cette fois la crise, pourtant niée par nos plus éminents spécialistes du capitalisme comme Alain Minc aussi clairevoyant que Madame Michu, est globale et rapide : elle démontre que tout est interconnecté sur la planète. Ces cinq dernières années nous avaient familiarisées avec la problématique environnementale du réchauffement climatique. L’année dernière était celle de la flambée des matières premières dont Fidel Castro avait prévu les conséquences sur les pays pauvres du fait des politiques d’agro carburants. Mais cette fois c’est directement au portefeuille que l’on est pris : pauvres et riches à la fois.

Les bourses mondiales perdent près de 50% depuis le début de l’année. L’immobilier est en train de ralentir entraînant une crise du secteur de la construction. Les ventes de voitures s’effondrent obligeant les constructeurs à fermer des usines. Les gens angoissent même pour leurs économies, fruits d’une dure vie de travail, déposées dans les banques.

C’est aussi une crise des élites et des gouvernants au pouvoir : Berlusconi et sa mauvaise réputation dans les affaires, Bush et le pétrole, Sarkozy et ses milliardaires, Taro Asso et ses sorties nocturnes, Strauss-kahn et ses galipettes, Junker et son paradis fiscal, les banquiers pleins d’argent dans les poches etc. Les exemples sont trop nombreux.

On espérerait presque que "James Bond", le british, nettoie sauve le monde.

Malheureusement, même chez les espions britanniques habitués des coulisses de l’économie internationale les temps sont durs. Il n’y a pas que les banques qui s’effondrent - elles sont parmi les plus touchées des Etats Occidentaux (un cadeau des cousins américains ?) - mais aussi leur chef espion.

En effet, Alex Allan, officiellement chargé du JIC (Joint Intelligence Committe) qui est chargé de coordonner le MI5 et le M6 s’est effondré. Célèbre pour s’être rendu à son travail en planche à voile sur la Tamise à cause d’une grève des transports, Monsieur Allan a été retrouvé inanimé à son domicile début juillet dernier selon le Times. Depuis pas ou trop de nouvelles dans la presse britannique et rien ailleurs.

Peut on construire un capitalisme honnête ?

 

 

La débâcle n’est pas si surprenante pour ceux qui avaient lu certains ouvrages économiques ou géopolitiques depuis plusieurs années.

La solution serait « d’internationaliser », au sens « déprivatiser », sous l’égide de l’ONU par exemple, l’ensemble des infrastructures internationales qui forment le socle du capitalisme :

- les bourses comme NYSE Euronext ou la Deutsche Börse,

- les systèmes de compensations ou de messagerie : Swift, Euroclear, Clearstream, etc

- les organismes comme le FMI ou la BRI,

- un organisme policier de contrôle, sorte d’Interpol, dont parle le rapport de René Ricol sur la Crise financière remis en septembre 2008 au Président de la République,

Que ces sociétés soient privées est même choquant pour beaucoup de capitalistes convaincus.

Mais si cela peut paraître une bonne idée, naïve, la mise en œuvre est probablement impossible car plusieurs verrous bloquent toute réforme :

- les élites et les riches qui voient d’un mauvais oeil cette transparence organisée car certains cherchent à échapper à l’impôt,

- les crapules organisées qui cherchent l’opacité,

- mais aussi les Etats et leurs services réservés qui s’en servent pour payer des rançons, corrompre des gouvernements... pour différentes raisons, etc

Mais la crise financière a du bon et les pressions mises par certains Etats comme l’Allemagne d’abord, la France ensuite, font frémir les premiers qui ont maintenant peur de tout perdre dans un paradis fiscal car rien n’est plus fiable depuis la crise financière ! Un verrou de moins.

A supposer que nos « James Bond » s’occupent des Mafias, il ne reste plus que le cas du troisième verrou à "organiser".

Un architecte américain ou français Les français et les américains rivalisent depuis bien longtemps pour le leadership des relations internationales. Depuis la fondation des Etats-Unis en 1776, période pendant laquelle des francs-maçons français aident les américains à s’émanciper de la Monarchie britannique, les deux pays sont parmi les principaux moteurs de l’organisation du « Monde ». On peut le relire encore dans “How France came to rule the world” dans Ottawa Citizen, journal canadien du 3 novembre.

Donneurs de leçons les Etats-Unis et la France vont devoir désormais afficher une image innovante et humaniste au reste du monde. Leurs leaders pour les 4 prochaines années donneront des gages d’ouverture aux autres pays du monde par leur histoire familiale semble :

- un probable Président américain dont père était musulman kenyan,

- et un français dont le père était hongrois,

Mais l’inconvénient est que l’un et l’autre sont dotés de conseillers, dits d’élite, qui n’ont rien vu venir. Ou alors ils n’ont rien dit signe d’une grande hypocrisie qui ne serait pas surprenante.

A mi-novembre pour l’organisation du G20 à Washington, une ville dessinée par le français Pierre l’Enfant à la demande de Georges Washington, l’avenir du Monde va se jouer. Il va falloir trouver de sacrés bons architectes au profil irréprochable.

C’est peut-être Pascal Lamy, un français au profil de moine soldat et Président de l’OMC, qui sera l’homme de la situation. Il pourrait se faire mandater par les présidents américains, chinois et le représentant de l’Union Européenne ainsi que par les Russes pour piloter des travaux de rénovation de l’architecture du système financier international.

L’OMC est une structure qui est déjà un « embryon» de coopération internationale intégrant tous les pays du Monde ce qui n’est pas le cas du FMI.

Bref si l’on veut avancer, il faut espérer trouver rapidement le bon architecte pour le prochain "Bretton Woods" !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.