La mascarade du G4

   Ce dernier week-end était celui de la « nuit blanche » parisienne. Les nuits blanches sont parties pour être quotidiennes pour les responsables politiques et financiers européens.Première tentative d’initiative française pour résoudre la crise ce G4 donne une impression troublante.

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Ce dernier week-end était celui de la « nuit blanche » parisienne. Les nuits blanches sont parties pour être quotidiennes pour les responsables politiques et financiers européens.Première tentative d’initiative française pour résoudre la crise ce G4 donne une impression troublante. A la vue du casting sur la photo prise devant le perron de l’Elysée on ne peut qu’avoir des doutes sur une issue rapide :

D’abord Silvio Berlusconi : premier affairiste d’Italie depuis des décennies dont on peut lire son pedigree judiciaire dans les différentes biographies qui lui sont consacrées. Nous faire croire qu’il impulsera le changement en matière de régulation financière relève de la provocation.

Jean-Claude Juncker, premier Ministre du Luxembourg, était présent en tant que représentant de l’Eurogroupe qui n’est pas une institution communautaire d’ailleurs (mandat jusqu’au 31 décembre 2008). Monsieur Juncker jouait les vierges effarouchées contre les banquiers la semaine dernière en déclarant avoir pour eux « une considération proche de zéro ». On s’en pincerait pour être sûr de ne pas rêver.

Le Luxembourg est une place financière dont le rôle est très ambigu. Une mission d’information parlementaire lui a déjà été consacrée par l’Assemblée Nationale en 2000 (Présidée par Vincent Peillon et dont le rapporteur était Arnaud Montebourg).

 

Prenons un symbole : le ministre de la Justice, celui du Trésor, du Budget et de la Défense sont… la même personne. Un super Alliot-Marie-Dati-Woerth ! Certes le Luxembourg est peu peuplé mais de là à faire l’économie de trois postes. Très étonnant ce mélange des genres ! Les critiques de Jean-Claude Juncker contre les banquiers sont de l’hypocrisie à l’état pur. D’autre part il est paradoxal qu’il ait tant d’importance dans les institutions européennes car il ne représente que 500 000 habitants en Europe.

Tout le monde connaît la proximité de la Présidence française avec les milieux d’affaires. Rien à rajouter.

Jean-Claude Trichet en tant que gouverneur de la banque centrale européenne est évidemment le plus compétant sur les sujets techniques et économiques (ENA Promotion Thomas Moore) mais il est « censé » être indépendant. Encore que l’on se pose toujours la question de la relative indépendance d’Alan Greenspan en tant que banquier central vis-à-vis de l’Administration Bush lors de son mandat. Le modèle humain de l’indépendance a évidemment ses limites.

José Manuel Barroso est surtout présent en tant que coordinateur, on ne peut donc pas en attendre grand-chose. Il était d’ailleurs vivement critiqué ce week-end par Jean-François Kahn (qui "veut virer Barroso").

Les deux meilleures chances pourraient être à chercher du coté des filles et fils de pasteurs, points communs entre les austères et peu médiatiques Gordon Brown et Angela Merkel . La comparaison s’arrête là. Car l’un et l’autre représentent deux modèles radicalement différents.

L’un est issu du modèle ultra-libéral à l’anglaise avec une financiarisation à outrance, une participation à la guerre en Irak coûteuse dans la lignée de la stratégie de l’Administration Bush sortante, une désindustrialisation majeure du pays, une violence à l’arme blanche en plein essor à Londres (où en est l’enquête contre le meurtre de deux étudiants français ?)... ,

Promoteurs du libéralisme les anglais nationalisent déjà deux banques (Northern Rock et Bradford & Bingley). Mais surtout les principaux paradis fiscaux du monde (là où se trouvent aussi les hedge funds) sont directement sous l’autorité de la couronne Britannique : Iles Caïmans (leur gouverneur et le ministre de la justice sont nommés par Londres) Iles Vierges, Iles Anglo-normande Ile de Man, etc. De surcroît, Gordon Brown a été depuis 1997, Chancelier de l’Echiquier, c'est-à-dire Ministre de l’Economie et du Trésor. Et à ce titre, il n’a jamais rien fait ou n’a pas pu le faire ce qui est aussi un débat intéressant.

A l’inverse, Angela Merkel incarne la solidité du modèle allemand. Elle-même issue du monde de la recherche, elle a hérité d’une Allemagne solide avec une industrie adaptée à la compétition internationale tout en ayant réduit ses coûts. L’Allemagne dispose aujourd’hui d’une industrie solide « Mittlestand » constituée par de grosses PME (à l’inverse, la France dispose de leaders mondiaux de plus en plus ingouvernables, déshumanisées devenus l’apanage de technocrates d’un coté et de trop petites PME de l’autre). Les allemands eux se sont serrés la ceinture pendant plusieurs années par des réductions de salaires au lieu de vivre à crédit. Ce sont les grands survivants de cette crise pour l’instant.

Enfin comment expliquer l’absence de pays comme la Belgique et les Pays-Bas frappés de plein fouet par la crise bancaire avec les défaillances de Fortis et de Dexia ?

Bref comment trouver des solutions, être créatif, avoir un esprit d’équipe pour continuer l’Europe et réorganiser le capitalisme avec des leaders pareils ?

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