Madoff : Victimes ou complices ?

L'affaire Madoff est particulièrement opaque, malgé la présentation simpliste qui en est faite. Madoff a choisi de déclarer qu'il avait commis une fraude s'apparentant à l'escroquerie, un Ponzi Scheme.

Cette présentation protège les membres de sa famille et son personnel de ce qui est particulièrement dangereux dans le droit pénal américain , les procédures et sanctions des infractions RICO, qui s'appliquent lorsqu'il y a une association pour commettre des fraudes.

Elle est la plus protectrice des victimes, qui ne bénéficieraient ni des garanties pour les dépôts prévues par le droit fédéral américain, ni de recours contre les gestionnaires de fonds ayant investi dans des fonds Madoff si les actifs avaient disparu par suite de pertes et non de dissipation d'actifs.

Cette présentation peut être retenue par les enquêteurs même si elle n'est pas exacte, parce qu'elle disculperait par ailleurs de nombreux intervenants.

Elle ne parait pas correspondre à la réalité. La réalité est que Madoff a fait du fronting , qui permettait de réaliser les gains affichés tant que le marché était en hausse, qui pouvait les réaliser même en période baissière tant que la volatilité restait gérable, mais qui a engendré des pertes colossales lorsque les marchés sont devenus erratiques.

Les enquêtes de la SEC ne pouvaient pas ne pas déceler la disparition des fonds et le schéma simpliste d'un schéma Ponzi. En revanche déceler le fronting, ce que les enquêteurs ont essayé de faire, était très difficile , car Madoff utilisait non seulement les informations qu'il avait en tant que broker, mais très certainement celles qu'il obtenait d'autres brokers.

Il est révélateur que dans les commentaires faits par des victimes ont retrouve le commentaire qu'elles se doutaient que les opérations n'étaient peut être pas déontologiquement irréprochables.

Les liens Leo Black/Thierry de la Villehuchet ne font que refléter cette atmosphère d'opérations d'initiés.

Et si les clients, directs ou indirects, de Madoff ne s'étonnaient pas des performances des fonds, c'est parce qu'ils les attribuaient à ce que l'on appelera le réseau d'informations et de relations de Madoff.

Les clients directs et indirects flairaient des opérations troubles, mais ils étaient persuadés de l'impunité de Madoff en comptant à la fois sur la difficulté de prouver les pratiques antidéontologiques et sur ses protections diverses.

En tout état de cause il parait difficile de considérer qu'ils avaient des "clean hands", en fait les divers gestionnaires de fonds qui confiaient les fonds à Madoff étaient complices.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.