Fonds de pension, pièges à cons !

« Fonds de pension, pièges à cons ? » c’était la question posée il y a déjà 8 ans par Frédéric Lordon économiste au CNRS (ancien élève de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées) dans un petit livre très précurseur (Fonds de pension, pièges à cons ? aux Editions Raisons d’Agir).

« Fonds de pension, pièges à cons ? » c’était la question posée il y a déjà 8 ans par Frédéric Lordon économiste au CNRS (ancien élève de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées) dans un petit livre très précurseur (Fonds de pension, pièges à cons ? aux Editions Raisons d’Agir). Il mérite désormais de troquer son point d’interrogation par une virulente exclamation.

Ce qui va remettre le sujet au goût du jour c’est le coup de canon tiré opportunément par le membre Force Ouvrière du conseil de surveillance du FRR (le Fonds de Réserve des Retraites). Selon La Tribune du mardi 23 septembre le fameux fonds aurait perdu près de 25% de sa valeur depuis le début de l’année (-10% selon un communiqué du FRR qu’il va falloir surveiller de près car elle vient de confier un mandat de gestion sur des actifs de matières premières à Lehman Brothers).

 

Cette performance n'est pas très étonnante, le CAC 40 est en baisse d’au moins 20% depuis le début de l’année. Les gérants du FRR ne font donc pas mieux que le CAC 40. Diable, aurait-on choisi des mauvais ? Et combien sont-ils payés ? Ce qui est moins rassurant, ce sont les prévisions d’Albert Ewards, stratégiste monde de la SG qui prédit dans Les Echos du 23 septembre un risque de baisse sur les grands indices de plus de 50% d'ici quelques semestres. Pas de "bol" pour les baby-boomers qui voulaient prendre leur retraite dans les 5 ans. Plus largement la crise financière pose aussi la question du financement des retraites.

 

Mais comment donc garantir et payer les retraites ?

 

Il faut relire aujourd’hui ce livre sur les Fonds de Pensions. Les adeptes des réductions de salaire contre le développement de l’épargne salariale vont déchanter face aux défenseurs de l’accumulation financiarisée. Les salariés du CAC 40 vont déprimer. Les salariés des PME privés, eux, de cette richesse virtuelle vont sourire.

Que se passe t’il si les responsables aveugles de ces fonds de retraites (gestion d’ailleurs déléguée contre de très juteuses commissions) achètent trop chers sans s’en rendre compte en raison de cette fameuse « Super bulle » de crédit ? On pourra citer par exemple le constat suivant :

 

« Crédit et bulle s’entretiennent mutuellement dès lors que les nouvelles liquidités se déversent sur les marchés actions pour pousser les cours à la hausse, et que, réciproquement, les plus values ainsi créées valident ex post les crédit accordés ». Les prédictions sur les attitudes des banques centrales sont aussi très intéressantes... A relire absolument, au CNRS on trouve des choses intéressantes finalement !

 

Regardons aux Etats-Unis qui sont à l'origine de la crise financière : les engagements retraites et sociaux de l'Etat sont à la limite de l’imaginable. Près de 53 000 milliards de dollars selon le GAO (équivalent de la cours de comptes américain, le General Accounting Office) dans une lettre datée du 17 décembre 2007 adressée au Congrès par le contrôleur général David M. Walker. La lecture du document est d’ailleurs très instructive sur les pratiques de l’administration américaine.

 

 

 

 

 

 

 

La tactique de la recherche du coupable de la Présidence

 

 

 

 

 

La crise financière pose clairement le problème de l'utilisation des fonds de pension pour financement les retraites. Comment soutenir des niveaux de rentabilité demandés par ces fonds ? etc. Les responsabilités des gouvernements sont donc engagées. Le Président Sarkozy cherche des coupables à la situation actuelle ? Mais l’Inspecteur Sarkozy, c’est plutôt le Mister Bean des Galas que Sherlock Holmes. Car il est déjà cerné de suspects ! Toutes ces familles d’industriels qui détiennent les médias par exemple et qui cherchent à éviter de trop « montrer » les problèmes que nous pourrions anticiper parce que cela ne les arrange pas. D'ailleurs, prudente ou flairant l’odeur du sang, Laurence Parisot (Présidente du Médéf), qui pense et voit en grand, préfère chercher le coupable dans le système.

 

Il serait jubilatoire d’entendre les administrateurs des grandes banques ou responsables de systèmes de places internationaux s’exprimer sur le sujet. Ils seront ou bien jugés incompétents et trop grassement payés ou alors malhonnêtes et bien payés. Car aucun d’entre eux n’aura eu le courage de démissionner depuis plusieurs années ni de s'exprimer dans les médias.

 

 

 

 

 

A ce stade le seul rempart contre la débandade des élites responsables sera notre sang froid et le civisme. C’est le modèle de notre République qui est à l’épreuve. Nous aurons peut-être un peu plus de chances que d'autres pays.

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