Crise financière : la rapacité des prédateurs

Au fil des semaines nos journaux ne savent plus quoi inventer pour leurs titres : panique, crise, angoisse, nationalisation, ...tout en rassurant leurs lecteurs de plus en plus incrédules. On peut même sourire de certains dessins d’illustrateurs (Pancho dans Le Monde du 28/29 septembre) : une vieille dame inquiète passant dans son agence bancaire questionne: «Je veux seulement savoir si mon argent est toujours là !». Et le banquier de répondre : «Il était comment, votre argent ?»

Au fil des semaines nos journaux ne savent plus quoi inventer pour leurs titres : panique, crise, angoisse, nationalisation, ...tout en rassurant leurs lecteurs de plus en plus incrédules. On peut même sourire de certains dessins d’illustrateurs (Pancho dans Le Monde du 28/29 septembre) : une vieille dame inquiète passant dans son agence bancaire questionne: «Je veux seulement savoir si mon argent est toujours là !». Et le banquier de répondre : «Il était comment, votre argent ?»

Mais la plaisanterie est de courte durée quand il s’agît d’argent. Petit à petit la prise de conscience se fait sentir.

 

 

 

La réglementation sur les hedge funds est toujours inexistante

 

 

 

 

Les hedge funds sont des spéculateurs. La finance a besoin de spéculateurs : un exportateur français de vin doit s’assurer contre des variations monétaires. C’est un spéculateur qui prend le risque à sa place que cela soit à la hausse ou à la baisse. C’est un bon système. En revanche, d’autres techniques plus complexes à l’aide d’effets de leviers deviennent trop déstabilisantes (ventes à découvert) pour le système. La revue « Foreign Affairs », fer de lance de la diplomatie américaine, prend la défense des hedge funds évoquant leur rôle utile dans la gestion des risques systémique (numéro de Janvier/Février 2007). Débat intéressant.

 

 

 

En revanche Jean-Louis Gergorin s’inquiète de la part croissante de ces hedge funds dans les volumes de transactions dans son livre Rapacité (Rapacité, Editions Fayard, Février 2007). Ces chiffres sont confirmés dans un rapport de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) sur la cartographie des risques 2008 :

 

 

 

 

Poids des hedge funds dans les transactions sur instruments financiers aux Etats-Unis :

 

Marchés d'actions (comptant) 30%

Dérivés de crédit "plain vanilla " 60%

Dérivés de crédit (structurés) 33%

Marchés obligataires émergents 45%

Distressed debt 47%

Prêts à effet de levier 33%

Obligations à haut rendement 25%

 

Source : Financial Times d’après Greenwich Associate

 

 

 

 

 

Jean-Louis Gergorin, polytechnicien, ancien Vice Président d’EADS a le mérite de globaliser le problème en le liant avec les problématiques de corruption par des "prédateurs" rendant aussi hommage au juge Renaud Van Ryumbeck.

Il est évident que les pratiques de ces fonds doivent être encadrées mais ce n’est pas possible pour la simple bonne raison que ces fonds sont souvent localisés dans des paradis fiscaux. Il est regrettable, au point que cela les discrédite irrémédiablement, que les économistes libéraux ne s’inquiète jamais publiquement de ces dérives.

 

 

 

 

Une nécessaire consolidation des banques ?

 

 

 

 

Fin 2004, alors Ministre des Finances, Francis Mer s’exprimait devant les managers d’un grand groupe bancaire français en les interpellant : dans l’industrie bancaire « ça va décoiffer ! ». Il faisait allusion au fait que dans l’acier (il a été patron d’Arcelor), il n’y avait déjà plus que quelques acteurs européens.

 

 

 

 

 

 

 

Les probables rapprochements de banques en cours sont peut-être dans l’ordre des choses si l’on veut construire l’Europe. Certes des banquiers vont se retrouver au chômage, mais des ouvriers, des cadres de l’industrie sont déjà passés par là depuis plusieurs sans que cela révolte l’ensemble de la population. Il fallait paraît-il être flexible.

 

 

 

Les économies européennes et américaines sont déjà très développées et le besoin d’avoir plusieurs grandes banques d’affaires n’est peut-être plus le même. Flairant la consolidation, les banquiers les plus prédateurs salivent à l’idée de renforcer leur empire. Pour les opportunistes il y aura peut-être de bonnes affaires même si racheter en quelques jours une banque de plusieurs milliards d’euros peut à juste titre ne pas paraître sérieux.

 

 

 

 

 

Plus tard, peut-être allons-nous vers un mouvement de balancier inverse du « too big to fail » et devoir démanteler des grandes entreprises afin de les rendre plus lisibles, car de la lisibilité naît la transparence et la confiance ce que redoutent les prédateurs qui profitent du flou.

 

 

 

 

La prédation est devenue le mode de fonctionnement de notre économie

 

 

 

 

Un autre polytechnicien, économiste, s’inquiète des dérives de la prédation sur notre système capitaliste dans un livre disponible gratuitement sur Internet : Prédation et Prédateurs. Amateur d’Internet et animant son propre blog, Michel Volle explique très clairement les limites du système capitaliste au regard de la corruption ou de l’influence des mafias. En résumé, le ver dans le fruit. Et il est bien compliqué d’en sortir car c’est malheureusement dangereux et tout le monde est mouillé. On rappellera que la France n’est pas très bien notée par Transparency International (23ème pays).

 

 

Pour reprendre le surnom donné à Sarkozy par un Gérard Desportes, journaliste de Mediapart, c’est un Eliott Ness de la finance dont nous avons besoin. Coté français, Georges Pauget, le besogneux DG du Crédit Agricole qui vient de prendre la présidence tournante de la FBF (Fédération Bancaire Française) aura l’opportunité de jouer un grand rôle d’autant plus que c’est la France qui Préside l’Union Européenne. Il faut espéré qu’il sera soutenu par ses confrères tous convoqués mardi 30 septembre à l'Elysée. Les récentes réorganisations au sein de la banque lui laisseront plus de temps pour remplir son rôle.

 

 

 

 

On espérera bien sûr que la crise ne fera pas trop de dégâts mais surtout qu’elle provoquera un sursaut de conscience planétaire (les fonds asiatiques et du Moyen-Orient viennent de perdre beaucoup d’argent, et les populations des pays émergeants souffrent douloureusement de la hausse de prix sur lesquels nous spéculons) qui aboutira une meilleure régulation et réglementation de la finance internationale qui, on l’a bien compris, nous concerne tous directement.

 

 

S’organiser mondialement comme le rappelait Jacques Attali dans son billet "Le dernier G8" ou "1929-1933" sur son blog est devenu imminent. Nous allons voir très bientôt si la civilisation va l’emporter sur la prédation.

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