Invisibilité et traces de l'esclavage à Madagascar

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INVISIBILITÉ ET TRACES DE L'ESCLAVAGE À MADAGACAR
Session 1 de l'Espace MCTM (Approches des sociétés à fondement esclavagiste et colonial) du MOOC "Connaître l'esclavage" produit par l'Institut du Tout-Monde

Module N° 2 - Didier Nativel, "Sensorialités et poids de l'histoire dans l'Océan indien occidental (XIXe-XXIe siècles)"

 

La première session de l'Espace MCTM (dans le cadre du MOOC "Connaître l'esclavage" produit par l'Institut du Tout-Monde) se poursuit aujourd'hui avec la mise en ligne du second module, tiré de la contribution de Didier Nativel à la journée d'études de mai dernier du groupe de recherches à Sciences Po Bordeaux.

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Ce module est en soi assez exemplaire de la variété d'approches dont relèvent ces Cycles d'approfondissement du MOOC, quand ils se fondent sur la recherche actuelle, recherche qui choisit des champs d'investigations encore ouverts. On sera attentif ici, à la méthode de Didier Nativel, revisitant les schèmes de ses propres recherches antérieures, en un décryptage de l'esclavage dans l'Océan indien et en particulier à Madagascar, par une attention à l'espace urbain.

Ce faisant, cette contribution interroge à la fois la présence et l'effacement de la mémoire de l'esclavage dans cette aire malgache qui fut à la fois réceptacle et pourvoyeuse de la traite négrière. Les pistes parcourues par Didier Nativel dans son questionnement, permettent de mettre en lumière les motifs de l'invisibilité et du mutisme attachés à la communauté esclavagisée, en une quête tremblée qui dit bien le prix de la méthode adoptée ici, loin des claustrations catégorielles.

On me permettra de souligner l'importance d'une telle visée, en vertu justement de son caractère de questionnement. Il me semble que par ce biais, les sciences humaines parviennent à rejoindre les intuitions propres à d'autres champs dévolus à la quête mémorielle, et je pense tout particulièrement à la portée anthropologique de la littérature. C'est cette portée qui motiva par exemple les nombreux commentaires effectués dans le contexte caribéen, autour de ce "témoignage du mutisme" qu'avait pu constituer, pour la société guadeloupéenne, le registre de témoignage relevé par une mention célèbre de Saint-John Perse, dans Eloges ("Pour fêter une enfance") où, quelques années après l'abolition, le souvenir de l'invisibilité des domestiques d'une maison de colons générait ces lignes :  


… Et je n’ai pas connu toutes Leurs voix, et je n’ai pas connu toutes les femmes, tous les hommes qui servaient dans la haute demeure
de bois ; mais pour longtemps encore j’ai mémoire
des faces insonores, couleur de papaye et d’ennui, qui s’arrêtaient derrière nos chaises comme des astres morts.


Au sein de sa contribution, Didier Nativel évoque ces photographies d'esclaves malgaches avec leurs propriétaires, et pointe l'invisibilité qu'elles disent, proportionnelle à celle de l'esclavage dans l'espace urbain. La recherche des éléments permettant de retracer ce que fut l'esclavage à Madagascar ne peut manquer, en outre, de faire écho à la notion de traces mise en avant par Édouard Glissant qui déjà dans le Discours antillais, se mettait en quête des indices non écrits et non dits, sous la fausse transparence des archives.

En guise de ressources externes au sein du module, on trouvera deux évocations d'un épisode très méconnu, et en quelque façon symbolique de ce refoulement des traces de l'esclavage dans la société malgache : cet épisode, c'est celui des "esclaves oubliés" de l'île Tromelin qui, en provenance de Madagascar, furent abandonnés durant quinze ans sur un îlot désolé, après l'échouage du navire négrier l'Utile en 1761. La réapparition de cette histoire, très peu connue, à la faveur de campagnes archéologiques menées à partir de 2006, relève aussi de ce double mouvement d'effacement puis de réapparition des traces.
 

Accéder module : http://www.lesmemoiresdesesclavages.com/moocmctm3.1.2.html


La mise en ligne du prochain module, tiré de la contribution
d'Elisabeth Cunin, aura lieu le lundi 26 octobre.


Loïc Céry

Coordonnateur du pôle numérique

de l'Institut du Tout-Monde

 

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