L'Institut du Tout-Monde célèbre Beethoven avec Bernard Fournier

Pour le deuxième volet de ses « Grands entretiens », l'Institut du Tout-Monde vous propose de célébrer Beethoven et de clôturer l'année en musique, en compagnie de l'un des plus éminents spécialistes du compositeur, Bernard Fournier : un entretien en trois parties.

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Dans le monde entier, l'année 2020 aura été marquée par le 250e anniversaire de la naissance de Ludwig van Beethoven à Bonn, en 1770 (une commémoration bien mise à mal par la pandémie du coronavirus, au point que la commémoration a été prolongée en Allemagne pour 2021 par la chancelière Merkel). L'Institut du Tout-Monde aussi aura célébré cette date, la semaine même de la commémoration (Beethoven est né le 16 ou le 17 décembre 1770), en recevant pour le deuxième volet de ses « Grands entretiens » Bernard Fournier, l'un des plus éminents spécialistes de Beethoven par le monde aujourd'hui, musicologue spécialiste de l'histoire du quatuor à cordes.

Avec lui, nous avons évoqué non seulement la postérité d'une figure devenue quasiment un mythe dans l'histoire de la musique, mais nous avons eu surtout l'occasion, grâce aux lumières irremplaçables d'un véritable pédagogue de cette musique de génie, d'entrer en connivence avec cet univers à la fois exigeant et fascinant des Quatuors de Beethoven, auxquels Bernard Fournier a consacré en 2020 un essai déterminant (à la fois guide et étude esthétique et sémantique), À l'écoute des Quatuors de Beethoven (Buchet-Chastel).

C'est cet entretien que nous vous proposons ici en trois podcasts agrémentés de nombreux extraits musicaux commentés par Bernard Fournier. Vous trouverez au sein de cette rubrique un certain nombre de compléments utiles à ces podcasts, histoire de donner un modeste aperçu de la méthode d'éclairage de ces œuvres immortelles, par un musicologue qui depuis tant d'années s'est fait sans doute le meilleur transmetteur de Beethoven - à propos de qui on rappellera d'entrée de jeu qu'il était le compositeur préféré d'Édouard Glissant. 

 

PREMIÈRE PARTIE : Introduction ; panorama du 250e anniversaire ; la place des Quatuors dans l'œuvre ; le rapport de Beethoven à Haydn et Mozart dans les Quatuors. © ITM

DEUXIÈME PARTIE : le rapport à Mozart ; les trois styles de Beethoven ; le drame de la surdité et son rôle dans l'œuvre. © ITM

TROISIÈME PARTIE : la pratique du dialogisme dans les Quatuors ; la pensée du multiple et de l'hétérogène ; l'humanisme et l'ouverture au monde chez Beethoven, de l'isolement à la fraternité ; les implications philosophiques de l'œuvre. © ITM

Liste des extraits musicaux (de Beethoven, sauf l'exception précisée) 

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PREMIÈRE PARTIE :

  • Allegro (1er mvt.) du Quatuor op. 59 N° 1 en fa majeur par le Quatuor Alban Berg

  • Allegro (1er mvt.) et Adagio cantabile (2e mvt.) du Quatuor op. 18 N°2 en sol majeur par le Quartetto Italiano

  • Adagio (La Malinconia) du 4e mvt. du Quatuor op. 18 N° 6 en si bémol majeur par le Quartetto Italiano

  • Allegro con brio (1er mvt.) de la Symphonie N° 5 en ut mineur op. 67, par l'orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de Herbert von Karajan

     

    DEUXIÈME PARTIE :

    • Allegro (1er mvt.) du Quatuor N° 18 K. 464 en la majeur de Mozart, par le Quartetto Italiano

    • Presto (4e mvt.) du Quatuor op. 18 N° 3 par le Quatuor Alban Berg

    • Allegro (1er mvt.) du Quatuor op. 59 N° 1 en fa majeur par le Quartetto Italiano

    • Poco Adagio - allegro (1er mvt) du Quatuor op. 74 en mi bémol majeur « Les Harpes », par le Quatuor Alban Berg

    • Allegro con brio (1er mvt.) du Quatuor op. 95 en fa mineur « Quartetto sérioso », par le Quatuor Alban Berg

    • Adagio affettuoso ed appassionato (2e mvt.) du Quatuor op. 18 N° 1 en fa majeur, par le Quartetto Italiano

    • Menuet (2e mvt.) du Quatuor op. 18 N° 5, par le Quartetto Italiano

    • Grande Fugue en si bémol majeur op. 133, par le Quartetto Italiano

    • Allegretto (2e mvt.) de la Symphonie N° 7 en la majeur op. 92 par l'orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Leonard Bernstein

    • Larghetto du Concerto pour violon en ré majeur op. 61, par Itzhak Perlman et le Philharmonia Orchestra sous la direction de Carlo Maria Giulini

 

 TROISIÈME PARTIE :

  • Allegretto du Quatuor op. 135 en fa majeur, par le Quartetto Italiano

  • Vivace (2e mvt.) du Quatuor op. 135 en fa majeur, par le Quartetto Italiano

  • Andante ma non troppo e molto cantabile (4e mvt., 6e variation) du Quatuor op. 131 en ut dièse mineur, par le Quartetto Italiano

  • Maestoso-Allegro (1er mvt.) du Quatuor op. 127 en si bémol majeur, par le Quartetto Italiano

  • Arietta (Adagio molto semplice e cantabile) de la Sonate pour piano N° 32 en ut mineur op. 111 (2e et 3e variations), par Alfred Brendel

  • Andante du Quatuor op. 131 en ut dièse mineur, par le Quartetto Italiano

  • Allegro ma non troppo, un poco maestoso (1er mvt.) de la Symphonie N° 9 op. 125 par l'orchestre philharmonique de Berlin, sous la direction de Herbert von Karajan

 

Bernard Fournier et la transmission éclairée de Beethoven

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On peut parler sans exagération d'un sacerdoce de la transmission, quand on jette un regard sur l'œuvre de Bernard Fournier à l'endroit de l'œuvre de Beethoven. De toute évidence, il n'est pas « simplement » question ici de musicologie, au sens d'un savoir clos sur lui-même et réservé aux happy few (un terme que ne renierait pas ce fin connaisseur de Stendhal à qui il a consacré sa première thèse, avant sa thèse d'État sur Beethoven et la modernité). L'érudition est bien là, surtout quand il s'agit de croiser les approches stylistiques, philosophiques et littéraires pour reparler de musique sous un angle élargi. Mais tout cela est mis au service d'une pédagogie ouverte à tous ceux qui désireraient se familiariser avec l'univers beethovénien, et qui s'éloignant des seuls tropismes biographiques, voudraient comprendre l'homme et sa musique, l'homme dans sa musique, et la musique comme meilleure passerelle vers un homme qui mit dans son art tout son rapport au monde et au temps. Voulez-vous comprendre en quoi Beethoven révolutionna l'expression musicale en son temps et pour les temps à venir ? Voulez-vous connaître les repères les plus subtils et certainement  les plus fondamentaux de l'écriture musicale du compositeur ? Voulez-vous surtout comprendre ce qui fait de Beethoven notre contemporain, par la puissance de sa pensée et de son humanisme ? Eh bien lisez donc Bernard Fournier, plongez en immersion dans ses essais. L'essentiel de son approche et de sa pédagogie se retrouve dans ses essais, pour lui qui a par ailleurs mené depuis plusieurs années une inlassable activité de conférencier sollicité un peu partout dès qu'il s'agit de Beethoven. Des ouvrages capitaux.

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À consulter, le précieux site de Bernard Fournier.

  Et parmi ses nombreuses conférences, consultez ses deux interventions au colloque « Beethoven 250 » qui s'est tenu à Bruxelles les 23, 24 et 25 novembre 2020.

 

 

DOCUMENTS complémentaires aux podcasts

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 Lors de ses conférences, Bernard Fournier illustre son propos par un certain nombre de documents récapitulatifs, mais surtout d'exemples de partitions où il souligne certaines caractéristiques spécifiques. Nous reproduisons ici avec son autorisation un certain nombre de ces documents qui seront complémentaires aux explications qu'il donne au cours de l'entretien.

 

Ci-dessous, tout d'abord le tableau chronologique

récapitulatif qui permet de situer le corpus des Quatuors

dans l'ensemble de la production beethovénienne

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 Ci-dessous, l'exemple évoqué par Bernard Fournier : au cours de l'Andante (4e mvt., 6e variation) du Quatuor op. 131, intervention d'un élément étranger à l'ensemble, qui sera assimilé. Exemple d'une pensée de l'hétérogène qui s'incarne dans une écriture dialogique.

 

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 Dans ce même Andante ma non troppo e molto cantabile du Quatuor op. 131, Bernard Fournier évoque des sons qu'il nomme « cosmiques », dont l'étrangeté quelque peu « lointaine » peut en effet être assimilée, tout comme au début de l'introduction de la 9e Symphonie, à des sonorités intersidérales - ce qui n'est pas une interprétation hasardeuse quand on se souvient que Beethoven, dans son dernier style, disait s'intéresser à une musique des « sphères ».

Ci-dessous, sur la partition de cet Andante, Bernard Fournier met en relief les intervalles qui évoquent ce caractère d'une sonorité spectrale et cosmique.

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 Au cours de l'entretien, nous avons également beaucoup évoqué avec Bernard Fournier à la fois l'héritage et l'émancipation de Beethoven par rapport à ses deux grands aînés dans le champ du quatuor à cordes, Haydn et Mozart.

Ci-dessous, un tableau comparatif établi par le musicologue, à propos de cette double relation d'héritage et d'émancipation, prenant appui sur la déclaration faite par le compte Waldstein, l'un des protecteurs de Beethoven, qui lui dit au moment de son installation à Vienne en 1792, en vue de recevoir l'enseignement de Joseph Haydn : « Recevez des mains de Haydn l'esprit de Mozart. » La transition se fera dès le premier groupe des quatuors écrits par Beethoven, les six quatuors de l'opus 18 composés en 1799 et 1800.

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 Nous avons par ailleurs longuement évoqué les Quatuors de l'opus 59, dits « Razoumovsky » en raison de leur dédicace au prince Andreï Razoumovsky, alors ambassadeur de Russie à Vienne et commanditaire de ces trois quatuors qui marquent une nette rupture dans l'expression musicale de Beethoven. Dans l'éclairage qu'il adopte, Bernard Fournier réserve à chacun des ces trois chef-d'œuvres des appellations évocatrices : le « Wanderer » pour le N° 1 en fa majeur, le « Janus » pour le N° 2 en mi mineur, et le « Passeur » pour le N° 3 en ut majeur.

Ci-dessous, un tableau synoptique établi par Bernard Fournier

à propos de ce triptyque de l'opus 59, les Quatuors « Razoumovsky »

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Les analyses consacrées par Bernard Fournier aux très fameux cinq derniers quatuors (auxquels il faut ajouter la Grande Fugue op. 133), véritables sommets de l'art de Beethoven (tant par la multiplicité de leurs aspects expressifs que par leur éminente modernité), sont particulièrement denses.  Il faudrait se référer à la fois au premier volume de son Histoire du Quatuor à cordes (Fayard, 2000) et à son récent ouvrage À l'écoute des Quatuors de Beethoven (Buchet-Chastel, 2020), pour en avoir une idée satisfaisante. Ces derniers quatuors sur lesquels tant d'analyses ont été faites sont des œuvres empreintes d'une spiritualité intense et caractérisées par des innovations structurelles et esthétiques certainement incomparables avec l'ensemble de l'œuvre. À la fois testament artistique et synthèse d'une pensée vaste, ces quatuors exigeants et démesurés nécessitent une approche méthodique à laquelle aident considérablement les analyses de Bernard Fournier.

Ci-dessous, un panorama de l'évolution du style qui caractérise les derniers Quatuors de Beethoven, par Bernard Fournier .

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 Ce Beethoven de la dernière période, que nous connaissons davantage par la si célèbre Neuvième Symphonie de 1824 que par les ultimes Quatuors (d'une écriture plus complexe) est certainement celui qui continue de fasciner encore aujourd'hui par le caractère presque énigmatique de son esthétique. Une musique écrite pour l'avenir, comme ne s'y sont pas trompés d'ailleurs les compositeurs ultérieurs, venant sans cesse explorer la modernité d'écriture de ces œuvres. Mais au-delà même de ce versant de la postérité des derniers Quatuors, cette musique nous rappelle que la connivence avec l'art de Beethoven est encore largement devant nous, compte tenu de la puissance de la pensée qui se dégage de cette partie singulière de son œuvre. Par leur variété, par leur dynamique propre, ces derniers Quatuors sont issus d'un niveau de création où le compositeur lui-même a dépassé les différentes phases que l'on peut attendre d'un artiste : ces œuvres outrepassent même la « maturation » du style, pour inventer, bousculer les formes et projeter le génie créateur hors de lui-même. En cela, le « dernier Beethoven » est réellement de l'ordre de ce que Glissant nommait « vision prophétique » propre à la création artistique. Et c'est aussi en quoi nous sommes encore les contemporains de cette musique qui nous attend et nous oblige. Selon Victor Hugo, « Ce sours entendait l'infini » : ces œuvres incomparables sont là pour nous le prouver.

Un grand merci à Bernard Fournier

pour sa disponibilité et sa générosité.

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RETROUVEZ CE DOSSIER ÉGALEMENT SUR LE SITE DE L'INSTITUT DU TOUT-MONDE.

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