« Frères migrants », Théâtre-Studio d'Alfortville samedi 6 avril 20h30

Nouvelle soirée « Poétiques de résistance » par l'Institut du Tout-Monde, samedi 6 avril 20h30 au Théâtre-Studio d'Alfortville : « Frères migrants ». Isabelle Fruleux accompagnée de Laurent Maur met en voix le texte de Patrick Chamoiseau sur des compositions de Felipe Cabrera.

frrmi

Dans son anthologie La terre le feu l’eau et les vents, Édouard Glissant écrivait : « Le Tout-monde est à la fois le limon et la cendre, la libation et l’élévation, la terre et le feu, l’eau et l’air secret. L’enfouissement et la consomption, la purification et l’inspiration : la terre encore et les feux, l’eau et l’air, brutalement. Dans ces éléments sont abordés la pensée humaine, les souffrances des peuples, les luttes et les abandons, ce que tu cries et ce que tu médites. »

L’hospitalité ne saurait se définir par la seule condition de l’accueil que nous offrons, que nous consentons à l’autre.

L’hospitalité, plus qu’un geste ou une action, est un lieu qui s’ouvre.

Le lieu de l’apparition de l’autre, et de nous-même, d’une présence, d’une co-incidence qui fait trace.

L’hospitalité est le point de départ de tout tracé d’architecture d’un espace traversant où l’on y partage l’air et la lumière, et la présence : La présence de « soi dérivé à l’autre » (1), en multilogue, où nous parlons, en premier lieu, dans la réception de l’autre, et non plus dans la seule adresse vers lui. Les parois sont mouvantes, les séparations liquides, comme celles du partage des eaux des mangroves, lieu de rencontre puis d’émergence du vivant.

Le droit d’hospitalité est le droit d’entrer dans les mêmes espaces traversants que sont les frontières naturelles des montagnes, des déserts, des forêts, où depuis toujours les marcheurs de tous les horizons s’accompagnent, dérivent ensemble, inventent des contes et créent des langues qui deviennent des créoles : ces parlés qui se sont organisés en langues et en récits, à partir de l’événement de la rencontre et transportent pour nous tous de fertiles semences poétiques.

Le droit d’hospitalité doit devenir, maintenant, un droit traversant de toute Cité, l’émergence même de la « polis » où tout citoyen, arrivant ou autochtone, ne se constitue pas en l’unique habitacle d’une identité.

L’espace traversant est en nous même…

Repenser le lieu, le lieu de Nous-même est notre état d’urgence.

Sony Labou Tamsi nous montrait le chemin et posait déjà la question, la première certainement : « Où est l’homme ? ».

La question n’est plus la définition de l’identité, celle du « migrant » (l’invisible de tout nom), celle de l’hôte, ou de celui qui se garde en prévention de l’étrangeté de l’autre, mais de connaître le lieu où nous sommes venus en présence, le site de l’apparition de nous même… de nos corps à corps… Faire de ce Nous le « principe même du monde » (2) ? Un Nous qui « rallie les rives et marrie les horizons » (3)…

S.G

 

  1. Edouard Glissant, in Traité du Tout-Monde
  2. Idem
  3. Anaxagore

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.