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Le Club de Mediapart sam. 13 févr. 2016 13/2/2016 Édition de la mi-journée

C'était ce temps...

Quand était-ce ?

J'ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien...

Etait-ce un jeudi qu'elle m'a pris ?

Je ne l'aimais pas beaucoup en débarquant...

Quand était-ce que je l'ai aimée ?

Ce devait être un matin, dans les brumes, où lentement big Ben émergeait, pour égrener les heures de l'empire perdu.


Ou était-ce dans les pubs surchauffés, où la bière coulait et coulait, versée dans des verres longs et froids et tachés de nos mains grasses des fisch and chips ?
Etait-ce devant the Changing of the Guards, devant le claquement des talons, les mentons en avant, les uniformes aux pièces rutilantes qui semblaient appeler le soleil et qui ont dû trop souvent se contenter d'attirer la mort ?
Ou bien était-ce parce que cette terre, c'était un peu la mienne ? Le lac de mon université, les canards qui s'envolaient, les arbres, les beaux arbres colorés de roux et de jaune, les pelouses vertes, cette mosaïque de couleurs et cette atmosphère internationale mais néanmoins insulaire ?

C'était un temps anglois.

C'était le temps où j'ai aimé l'Angleterre.

C'était le temps de la new-wawe et du punk qui finissait de s'étioler.

C'était le temps de la Dame de Fer, des émeutes raciales dans Brighton, des manifestations contre la Pool Tax.

C'était ce temps sinistre où les mineurs avaient dû retourné dans le trou noir, en ayant perdu leurs illusions, après plus d'une année de grève. C'était même le temps où les carreaux fermaient les uns après les autres, c'était ce temps où on ne parlait pas encore de mondialisation. Et pourtant...

C'était le temps où sur les docks, dans les anciennes warehouses, lorsque la Tamise charriait le vent marin, on sentait le parfum des épices qui se détachait des murs rougeâtres.

C'était le temps béni où dans les pubs on pouvait entendre la cloche sonner pour annoncer la dernière pinte, celle de trop, mais celle qui avait le goût de l'amitié.

C'était le temps, encore, du Tournoi des Cinq nations. C'était le temps où je criais dans le Chaudron "allez Blanco!!!"

C'était le temps, où je vivais dans un endroit où l'on parlait, où l'on se parlait dans 5 langues... C'était aussi des nuits, où je rêvais en Anglois, des matins où je parlais en français, des jours où j'écrivais en allemand et et des soirées où j'embrassais en hébreu...

C'était le temps de Belfast qui s'embrasait. C'était le temps des land-rovers sans toits, de ces paras qui jouaient les fiers à bras dans les rues catholiques. C'était le temps où l'IRA avait (presque) raison.

C'était aussi un temps riche, dense, historique, qui allait nourrir, des années après, la plume de John King et de Jonathan Coe, et qui m'ont fait dire, comme Sieyès, "j'ai vécu...".

C'était un temps où j'étais en uniforme, blazer bleu marine, cravate noire, striée de rouge. Et j'aimais ces moments cérémonieux dans la vieille salle au parquet séculaire, aux velours rouges. C'était ce temps, bien que Dany Wilde, j'étais habillé comme Lord Brett Sinclair.

C'était le temps où seul comptait pour moi le temps présent.

C'était le temps d'avant... le temps de mon Angleterre.

C'était un temps qui va vous faire penser que je suis nostalgique...

Si seulement...

 

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Ce que j'aime surtout dans votre billet, Yohann, c'est que la ville y est traitée comme un personnage à part entière. C'est un véritable portrait de ville. Comme Roma de Fellini (même si je sais que vous n'êtes pas trop Italie), ou tout le début de Manhattan de Allen... Superbes images. Presque amoureuses. Caméra caressante puis se faisant lyrique, allégorique... Quand j'arrive dans une ville que je ne connais pas, j'ai toujours un peu cette impression là. Une gigantesque personne à découvrir, sa petite musique personnelle, ses facettes, ses différents visages, son odeur, sa voix, la façon dont elle va vous parler ou pas, se laisser approcher ou pas, se dévoiler ou pas, se révéler à vivre... C'est un sacré truc, une ville !

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L'édition

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Je me souviens....

À propos de l'édition

Un pêle-mêle de souvenirs à plusieurs voix. Non pas des tartines de nostalgie à s'en coller les doigts (d'ailleurs ce n'était pas forcément "mieux avant"), mais des clins d'œil, des pensées, l'écho

de moments passés, des bouquins lus, des musiques écoutées, des hommages à rendre, des films presque oubliés, des souvenirs de lieux disparus ou des images à partager juste pour ne pas laisser la poussière s'accumuler. Et si possible en polyphonie parce que la plus sûre façon de partager, c'est de jouer la diversité. Si cela ne s'était pas appelé "Je me Souviens", ça aurait aussi pu s'intituler "Grenier commun". Et bien sûr, toutes les générations sont bienvenues, c'est même le but du jeu... On dit souvent que regarder parfois dans le rétro permet d'aller bien plus sûrement de l'avant !

 


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