Le goût des cerises

Chaque année, c'est la même chose : les cerises ont le goût de madeleine. Mais il faut qu'elles soient contenues dans un sac en papier, et non dans ces épouvantables sacs en plastique … En mai de mes presque vingt ans, je ne sais plus où j'achetais les cerises, dans cette ville du bout du monde, traversée de haut en bas par deux longues rues en enfilade, débouchant sur la rade et le port.

Chaque année, c'est la même chose : les cerises ont le goût de madeleine.

 Mais il faut qu'elles soient contenues dans un sac en papier, et non dans ces épouvantables sacs en plastique … En mai de mes presque vingt ans, je ne sais plus où j'achetais les cerises, dans cette ville du bout du monde, traversée de haut en bas par deux longues rues en enfilade, débouchant sur la rade et le port. En 1981, il y a encore un grand cinéma en bas de la rue de Siam. Je crois qu'il s'appelait l'Omnia. Un peu plus loin, le pont qui traverse la Penfeld et ses bateaux gris, mouchetés de pompons rouges, et qui conduit à Recouvrance.

Que faire quand au lieu de préparer activement le concours de la rue d'Ulm (enfin, non, pour les jeunes filles, c'est Sèvres), on a envie de se changer les idées, en ce frais mois de mai ? J'ai voté pour la première fois, merci Giscard d'avoir abaissé la majorité à dix huit ans, cela m'a permis de mettre joyeusement mon bulletin dans l'urne pour vous foutre dehors ...Depuis presque deux ans, je me suis découverte cinéphile. En mai donc, fais ce qu'il te plait...Et ce qui me plait, c'est d'aller au cinéma. Et de manger des cerises. A cette époque, une livre, on disait encore cela, une livre, une livre de cerises donc, me faisait un film. Sac en papier sur mes genoux, ouvertement partagé avec celui qui obligeamment m'accompagnait … Possession de Zulawski, Elephant Man dont l'obsédante bande-annonce sonore, entendue à la radio, m'avait fait rêver le film avant de le voir, et d'autres encore dont les titres m'échappent, ont ainsi un goût de cerise.

 

L'Omnia n'existe plus, la rue de Siam se remet de son éventrement. Cette fois, c'était pour le tramway. Et les cerises ont éternellement un goût de mémoire.

 

Il pleut sans cesse sur Brest/ Comme il pleuvait avant/ Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé/C'est une pluie de deuil terrible et désolée/ Ce n'est même plus l'orage/ De fer d'acier de sang / Tout simplement des nuages/ Qui crèvent comme des chiens/ Des chiens qui disparaissent/ Au fil de l'eau sur Brest /Et vont pourrir au loin / Au loin très loin de Brest /Dont il ne reste rien.

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