Je me souviens du Sampieru Corsu

Un article du Monde évoquant un resto en Chine où le montant de l'addition est fixé par le client, http://abonnes.lemonde.fr/style/article/2013/12/04/tout-a-volonte-et-l-addition-a-discretion_3525322_1575563.html

m'est revenu le merveilleux souvenir du Sampieru Cursu, rue de l'Amiral Roussin à Paris, que je fréquentais dans les années 70. Fonctionnaire des impôts je croyais que ce lieu magique avait été assassiné par un de mes collègues, et en cherchant sur internet j'apprends avec joie qu'il n'a disparu qu'à la mort de Claude Lavezzi son propriètaire. Les pages jaunes aujourd'hui nous disent qu'il y a toujours un restaurant à la même adresse curieusement baptisé Le Zoo. Moi j'aimais bien les animaux d'avant...

Je ne peux m'empêcher de copier ce qu'a écrit bien mieux que je pourrais le faire Alain Fernandez sur son site http://www.piloter.org/blog/textes-livres/sampieru-corsu.html

"Au début des années 80, je fréquentais de temps à autre  un restaurant particulièrement convivial du 15ème arrondissement: "Le Sampieru Corsu". Tenu par Claudiu Lavezzi un  communiste libertaire, ce  restaurant avait instauré un mode de paiement pour le moins original.  Chaque convive payait son repas en fonction de ses revenus. Le dos du menu présentait un bilan précis du fonctionnement économique du restaurant.  Une table de correspondance prix du repas à payer/revenus permettait d'évaluer son dû. L'idée était simple : permettre à tout un chacun de venir dîner sans façons. Ceux qui  étaient dans la dèche, ne payaient que ce qu'ils pouvaient voire rien du tout. L'équilibre du restaurant étant assuré par tous ceux qui, se sentant responsables, payaient un peu plus que  le prix de revient du repas, pivot économique du système. Mais attention, il n'était  surtout pas question de charité, un mot dont le restaurateur  avait horreur. Personne ne devait savoir qui et combien chacun payait son écot. Au moment de quitter  le restaurant, il suffisait de glisser discrètement dans une boîte prévue à cet effet, la somme dont  nous nous sentions redevables. Comme vous vous en doutez, j'appréciais cette forte et généreuse volonté d'instaurer un autre  de mode de commerce. J'en parlais d'ailleurs régulièrement autour de moi. Ainsi, un soir je vins accompagné de deux collègues de travail  curieux de découvrir ce restaurant. A peine la porte franchie, le restaurateur nous salua depuis sa cuisine. Ah tu soignes ma  publicité, c'est bien, j'aime voir de nouvelles têtes. me dit-il en substance. Et là je compris mon erreur. Ces deux cons, car il s'agissait réellement de cons, se mirent  tour à tour à jauger le cadre et les convives avec l'air suffisant de ceux qui se sentent d'une classe sociale supérieure.  Une fois servis, ils critiquaient la chère et chipotaient dans leur assiette d'un air dédaigneux, simulant la  recherche d'un morceau digne de leur noble palais. S'il est vrai que Claudiu Lavezzi tirait les prix pour maintenir son équilibre, sa cuisine n'était pas plus mauvaise que celle proposée par la cantine, appelée pompeusement restaurant d'entreprise, où ces deux là mangeaient tous les  midi sans se plaindre. De toute façon, l'objectif n'était pas de dîner avec fastes mais bien de passer une bonne soirée  de rencontres au contact  de personnes d'univers totalement différents. Le repas se déroulait habituellement dans une bonne ambiance et  se concluait assez souvent par un petit spectacle offert par quelques convives habitués des lieux. Ce soir là c'était un conteur. Mais mes deux "invités" étaient des gens bien trop sérieux. Les histoires joliment racontées semblaient les plonger dans un profond ennui. Les voyant une fois de plus regarder leurs montres, je décidai de mettre un terme à ce calvaire commun. Prétextant auprès du maître de céans un rendez-vous urgent j'enjoignis aux deux infâmes de lever le camp. Ils n'hésitèrent pas une seconde. Lorsque l'on pense avoir atteint le comble de l'exaspération, il est assez déplaisant de constater qu'il faut encore finir sa coupe  sans en laisser une goutte, jusqu'à la lie dit-on. En sortant, répondant effrontément au salut du restaurateur qui se tenait près de la porte, il passèrent devant la fameuse boite  sans daigner y jeter un coup d'il. « Et alors ? Ne nous as-tu pas dit que l'on pouvait ne pas payer non ? Et pour ce que l'on a mangé excuse moi ! »Je vidais mon porte-monnaie dans cette boîte, de quoi couvrir largement les 3 repas mais le mal était fait. J'apprenais alors,  à mes dépens, qu'il ne faut pas mixer les différentes phases de sa vie sans un minimum de précautions.    Comme vous vous en doutez, une fois dehors je les abandonnais sur place. Le fort turn-over était alors la caractéristique des métiers de l'informatique, je ne les revis jamais. Par la suite, je suis peut-être retourné dans ce restaurant une ou deux fois mais guère plus. Les détours de la vie m'ayant entraîner vers d'autres chemins de fortune.

Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Déjà surprise, le Sampieru Corsu a son site internet. Il aura ainsi duré bien plus longtemps que ce que prévoyaient les esprits défaitistes pour qui l'humain ne serait qu'un profiteur né. Le modèle économique de ce restaurant est viable. Claudiu Lavezzi récemment décédé était réellement un homme d'exception et cela il ne faut jamais manquer de le signaler. A plus tard"

D'autres liens sur ce resto:

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/2009/03/08/la-rotisserie-u-sampieru-corsu/

http://de.wikipedia.org/wiki/Claude_Lavezzi

 

 

 

 

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