La remplaçante...

Ma relation au monde médical a toujours été fluctuante. J'explique...

 

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Pendant des décennies, je me suis fié à un régime draconien composé de nourritures saines mais roboratives, largement arrosées de vins de qualité, fournis à profusion par nos viticulteurs hexagonaux, voire d'eau de source de nos montagnes et de thé au petit déjeuner...

Afin de lutter contre les microbes et autres germes nuisibles, je consommais les boissons élaborées par nos amis écossais et irlandais, même s'il m'arrivait, parfois, de me tourner vers les distillateurs normands, qui vendaient et vendent encore leurs alcools à des prix prohibitifs, ces crapules ! 

En résumé, ce régime équilibré, doublé d'antécédents très favorables – mes ascendants ne connaissant ni crabe ni coeur faiblard, j'étais entré dans ma 7ème décennie sans vraies difficultés et sans avoir à trop fréquenter les cabinets médicaux.

Je n'ai consulté les carabins, diafoirus et autres toubibs qu'à l'occasion de grippes, angines, ou bobos bénins. Mais de ce jour là, on me dit que, vu mon âge, les maladies de toutes sortes étaient à l'affût, ces salopes, alors, il fallait me surveiller.

Depuis, je rends visite en temps et en heure à mon cardiologue, toujours avec plaisir, car ce spécialiste est doué du sens de l'humour et nous avons coutume d'échanger quelques saillies en fin de consultation, pendant que je lui fais son chèque. Et je n'oublie pas de faire régulièrement une prise de sang, histoire de vérifier si ma carcasse ne me prépare pas une vacherie. J'ai même réussi , à plusieurs reprises, mon examen d'urine sans avoir besoin de passer la séance de rattrapage. Je vois régulièrement toubibs et spécialistes. Bref, je suis devenu un gibier de cabinet médical. Pour patienter, avant la consultation, je fais rire les agentes d'accueil avec mes blagues éculées.

En résumé, je me portais comme un charme, hormis une sensibilité aux calculs rénaux, qui s'est manifestée, naguère, allez savoir pourquoi, m'obligeant à consulter.

Infection urinaire ? Calcul rénal ? Les symptômes sont proches. D'autant, que cette fois-ci, la douleur était moyenne, très gênante, mais supportable avec quelques analgésiques et antalgiques. Il y a quelques années, la crise m'avait expédié à l'hôpital, avec morphine à la clé.

Après analyse de mes précieux fluides corporels, l'hypothèse de l'infection était écartée. Il s'agissait vraisemblablement d'un calcul. Trop fort ! Moi qui était nul en arithmétique à l'école primaire.

Mais, mais, mais… Un doute subsistait…

Ce jour-là, ce n'était pas mon toubib qui m'examinait, mais son remplaçant. Plus exactement, sa remplaçante… Une jeune femme aimable, souriante, professionnelle et aux yeux pétillants de vie. Elle m'informa qu'il restait une chose à vérifier : la prostate. Un crabe de la prostate, à son début, peut provoquer le même type de douleurs qu'un calcul ou qu'une infection, une gêne diffuse dans le bas-ventre.

Galant homme, tout à son écoute, je la rassurai en lui montrant les résultats de ma dernière analyse de sang qui montraient un taux de PSA de « jeune homme », plus bas que ça, c'était pas possible, et que, selon moi, un examen plus approfondi était inutile, lui faisant ainsi gagner un temps précieux dans une journée que je devinais surchargée.

Mais c'est d'un air implacable, d'une froideur toute clinicienne qu'elle me déclara : « oui, mais il faut vérifier quand-même », tout en enfilant un gant de caoutchouc et en sortant un flacon de lubrifiant me prouvant sa détermination. C'est d'un ton poli mais ferme qu'elle m'intima de baisser pantalon et caleçon. Je dus m'allonger, face au mur, mon fidèle Popaul tout rabougri, lui qui affiche, d'ordinaire, une joie de vivre à toute épreuve.

Je fis d'ailleurs remarquer à la doctoresse « que face au mur, c'était mieux comme ça », ne voulant pas lui infliger la vue de mon pavillon en berne, alors qu'elle entreprenait de me glisser prestement dans le fondement, un doigt inquisiteur.

C'est à ce moment là que me vint une drôle de pensée. La veille au soir, j'avais regardé l'intervention télévisée de je ne sais plus quel politicien et j'avais l'impression que les propos de cet expert de la langue de bois, parmi d'autres, se traduisaient concrètement dès le lendemain, lors de cet examen de ma plus profonde intimité.

Je me rhabillai prestement, mais avec dignité, pressé de retrouver mon apparence d'homme, certes mûr, mais portant encore beau, ceci dit en toute modestie. La conclusion était sans appel. Cette femme jeune, belle, intelligente et professionnelle m'avait bel et bien mis un doigt dans le cul.

Et, de plus, je l'ai remerciée d'avoir pris soin de ce corps qui m'est si fidèle depuis tant d'années.

Il m'a fallu trois jours pour obtenir l'expulsion du caillou fautif, par un bel après-midi ensoleillé, sans que je puisse établir formellement une relation de cause à effet entre la dite expulsion et l'exploration de l'estuaire de mes boyaux. J'ai ensuite pu ranger antalgiques et analgésiques dans l'armoire à pharmacie.

Dans le fond (si je puis dire), ce dépucelage médicinal restera un bon souvenir. S'il fallait encore le confirmer, je suis un sexygénaire, un vrai !

Allez, bonjour chez vous et surtout, ne vous retournez pas !

 

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