Quand Nonna Clara me racontait … les vers à soie

Enfant, dès que j'avais deux trois sous, je courrais acheter du pain. J'ai toujours été très gourmande de pain. Il faut dire que du pain à la maison on en mangeait seulement en juillet, après la moisson, car tout le froment récolté on le vendait car c'était une de nos rares sources de revenus. Le reste de l'année c'était polenta tous les jours, parfois on devait même en cuire deux fois par jour.

Enfant, dès que j'avais deux trois sous, je courrais acheter du pain. J'ai toujours été très gourmande de pain. Il faut dire que du pain à la maison on en mangeait seulement en juillet, après la moisson, car tout le froment récolté on le vendait car c'était une de nos rares sources de revenus. Le reste de l'année c'était polenta tous les jours, parfois on devait même en cuire deux fois par jour.

En dehors du froment il y avait autre chose qu'on vendait : « I bacchi da seta » (les vers à soie). C'était un travail énorme, éprouvant, mais une chose merveilleuse.

Murier blanc © e.p. Murier blanc © e.p.

 

Aux premiers jours du mois de mai, il me semble, on achetait les vers à soie, une demie once, chez Brovasso qui avait l'exclusivité du négoce. Les vers coûtaient dix centimes la dizaine. C'étaient de minuscules petites choses noires, tellement petites qu'on pouvait à peine les distinguer.

Au début, on leur donnait à manger toutes les cinq heures, exclusivement des feuilles de Gelso (Mûrier blanc) coupées en tout petits morceaux. Ensuite plus ils grandissaient plus il fallait leur donner à manger souvent et en quantité plus grandes.

Régulièrement on devait nettoyer les supports où on les élevaient. Pour cela on mettait sur eux des feuilles de papier perforées sur lesquelles on mettait les feuilles de mûrier et les vers passaient par les trous pour venir manger. Ainsi on les récupérait facilement.

 

Papillon et oeufs de vers à soie © e.p. Papillon et oeufs de vers à soie © e.p.

Afin qu'ils soient tous au même stade de développement il fallait surveiller l'arrivée des périodes où ils se mettaient au repos. Cela avait lieu tous les huit à dix jours (il s’agissait de mues intermédiaires).

Nonna Regina, ta grand-mère, scrutait tout ce petit monde avec une grosse loupe : « regarde..., celui-là dors, celui-là aussi !» Aussitôt il fallait arrêter de les nourrir pendant 24 heures afin qu'ils grandissent tous au même rythme, puis on recommençait à leur donner des feuilles de mûrier.

Après 20, 25 jours les petites choses minuscules avaient bien grandi. Ils avaient alors plus de quatre centimètres de long pour un gros centimètre d'épaisseur.

 

vers à soie © e.p. vers à soie © e.p.

L'autre étape délicate était de bien les accompagner au moment où ils se mettent en route pour construire, « filer », en un seul fil de soie leur cocon en s'enfermant dedans : il fallait leur fabriquer un « cavaletto per filare » (un chevalet pour filer) dans la grenier à foin.

A cette période de l'année, du foin il n'y en avait plus ou très très peu. On assemblait solidement de grandes branches de mûrier dressées verticalement et enchevêtrées les unes dans les autres et on y déposait les vers à soie. On continuait de les nourrir, mais bien vite ils se désintéressaient de la nourriture pour grimper vers le haut de la construction éphémère, cherchant l'endroit où ils se sentiraient bien pour commencer à faire leur cocon de soie.

 

cocon de vers à soie © e.p. cocon de vers à soie © e.p.

Lorsque tous avaient terminé leur construction, c'était vraiment très beau de voir toutes ces petites boules d'un jaune très soutenu, bien plus longues qu'une noisette.

Tous les ans une personne du village se chargeait d'amener une grande branche toute illuminée de nombreux cocons jaune vif à l'église, comme on porte une feuille de palmier dans les processions, tant c'était une chose magnifique qu'il fallait montrer à tous.

 

cocons sur branches © e.p. cocons sur branches © e.p.

Au terme des jours nécessaires il fallait les enlever des branches et les porter chez le négociant. C'était la dernière étape délicate. Il fallait le faire rapidement ou bien les chenilles terminaient leur transformation et les papillons naissaient.

A la maison on avait l'habitude d'appeler tous les voisins, même des personnes du centre du village. Tous travaillaient par équipes à tour de rôle, pour que le travail soit fait rapidement, sans abîmer les cocons.

Bien que nous étions nombreux, il nous fallait la journée entière pour tout récolter, mais au terme nous avions 22/23 kilo de cocon de soie, dans chaque kilo il y avait entre 325/330 cocons.

 

On les portait chez Bravasso qui les faisait tout de suite sécher, avant de les envoyer en usine pour la fabrication de la soie.

 

Les photos ont été prises ce 1er Août 2015 à la Magnanerie de Bourrée (voir les vidéos)

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