Je me souviens de ce tram

Un tram, le plateau ardéchois sombre et lumineux, le souvenir d'un rêve

Je me souviens de ce tram.

 

L’approche du plateau, ces espaces qui appellent à l’arrêt solitaire, silencieux, au suspens, où je respire d’une façon particulière, où mon coeur, mon corps gagnent en ampleur.

Peyre est situé à cette fourche où la route qui monte des Vans et celle qui vient de Lablachère se rejoignent pour serpenter juste sous le ciel puis au sombre des pins dans ce qui semble un désert sibérien vers la plongée sur Saint-Laurent-les-bains et la remontée, toutes deux raides, en lacets, vers le département de la Lozère, ses gares encore en service,au premier rang desquelles La Bastide-Puylaurent.
J’ai cru souvent entrer dans un autre pays en dépassant Peyre pour monter un peu encore et atteindre plus de 1100m au Chap del Bosc, ce croisement où le choix s’offre entre deux routes déserts, de quoi, en hiver, à n’importe quelle saison en fait, se demander si, en choisissant l’une ou l’autre, on arrivera quelque part où vivent des êtres humains.

Avant d’entrer dans la crainte des arbres sombres plantés serré pour un profit à court terme appauvrissant le sol, il y a le ciel qui cherche à se coucher sur la terre ou bien est-ce la terre qui cherche à engrosser le ciel, il y a cette immensité qui donne envie de la danser, de la craindre, de l’étreindre, de s’y dissoudre.
Avant d’entrer dans la forêt, il y a sur la gauche la route de Montselgues bourg d’à peine cent âmes, dotée de quelques hameaux, le Petit Paris bien après le chef-lieu.

 

Dans mon rêve de cette nuit-là, une ligne de tram,construite depuis peu, longeait la départementale 4, elle commençait avant Peyre et se terminait à la hauteur de Montselgues, comportait trois stations ; je n’ai pas retenu leur nom. Peu de monde dans la rame que j’emprunte ; il y fait très clair, la lumière du jour y pénètre par les parois presque totalement vitrées, une lumière presque éblouissante, qui invite à la jubilation.
Aujourd’hui c’est l’inauguration ; je suis surprise qu’une foule à la mesure de cette contrée à la population clairsemée mais où toute occasion de se rassembler fait événement ne soit pas présente ; je crois deviner quelques personnalités se pressant autour du praticable érigé en tribune sur la placette de Montselgues, des notables locaux, élus et représentants d’une autorité légale ou religieuse, maires, conseillers municipaux et départementaux, notaires, représentant du sous-préfet, monsieur le curé qui a pu se libérer malgré le soin si prenant des quatorze communes du canton dont il a la charge, ce qui l’oblige à parcourir chaque semaine plus de cent kilomètres sur des routes étroites virevoltant au flanc des vallées.
A ma descente du tram au bord de la Départementale 4, à quelques centaines de mètres de la place centrale du village, la maire vient vers moi souriante et ravie ; est-ce moi qu’on attend ? Suis-je un personnage clé du jour ? Je suis habillée très simplement ; si je dois dire quelques mots, je le ferai ainsi. Je déborde de joie, me sens légère, avec la maire nous sommes à l’unisson.

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