C'était mieux avant ?

Ben oui, c'était mieux avant, bande d'abrutis, puisqu'on vous le dit ! Bon. C'était mieux avant, oui, mais quand ?

 

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Si on se réfère au moyen-âge, ça rigolait pas beaucoup. Tu trimais comme un hareng – mauvais jeu de mots, « tu trimaran », comme disait Tabarly, avant de finir dans l'estomac des morues galloises – tu trimais donc dans ton champ, disais-je, le soc tiré par un bourricot famélique. À peine récolté, le fruit de ton labeur était confisqué par le seigneur du coin, l'exploiteur de l'époque, ancêtre de nos énarques et autres boursicoteurs qui faisait (déjà) fortune à la sueur de ton front et qui ne te laissait qu'une poignée de rogatons pour ne pas crever de faim, quand il ne saccageait pas tes labours lors de ses parties de chasse.

C'était mieux avant, du temps de la révolution ? Peut-être. Si tu n'avais plus de pain, on te promettait de la brioche, comme aujourd'hui la fin du chômage, sachant que la différence entre le chômage de droite et le chômage de gauche n'est toujours pas clairement établie.

Mais un seul mot de travers et on t'envoyait te faire baiser par la veuve en place de grève, grève, faut-il le souligner, qui était interdite à l'époque.

Si les temps étaient enthousiasmants, ils étaient si dangereux que tu avais peu de chances d'arriver à l'âge de la retraite. Ce qui d'ailleurs tombait bien, vu qu'on n'avait pas encore inventé les caisses de retraite. Enfin si. La seule caisse de retraite, à l'époque, était en bois avec quatre poignées. T'avais droit en même temps à la veuve et à la poignée. D'où l'expression favorite des guillotinés facétieux : la veuve poignet. Rigolo, non ? Non ? Bon, Je continue...

C'était mieux avant, du temps du maréchal ? Les plus nostalgiques, nous disent que dans ce pays bordélique et ingouvernable, l'ordre a régné pendant au moins quatre ans, tout en réduisant le trou de la sécurité sociale, qui n'existait pas encore, grâce à un régime sain à base de rutabagas et de pain de sciure de bois. Ils ont fait plus de 25 % des voix aux dernières régionales, très certainement pour honorer leurs grands anciens qui ont fini au peloton d'exécution après les procès de la libération. Et, oserais-je le dire, c'était mieux les tractions, avant ? Ok, c'est nul...

C'était mieux avant, du temps des trente glorieuses, qui n'ont duré que 17 ans ? Quand les prolos étaient enchaînés à leurs machines, 45 heures par semaine pour un salaire de misère, qu'ils allaient dépenser dans les premiers temples de la consommation qui salopent désormais les abords de nos villes, en écoutant Michel Delpech braillant « pour un flirt avec toi », pendant que le pouvoir interdisait Hara-Kiri et envoyait les bleus matraquer les manifestants de tous poils.

C'était mieux avant, quand nos gonzesses devaient se tailler en Hollande ou chez les Britishs pour se débarrasser des polichinelles qui encombraient leurs tiroirs, pendant que les coupables brandissaient leurs bites ailleurs et que le Président de la République chassait l'éléphant à l'invitation de nos rois nègres ?

C'était mieux avant ? Du temps des Maritie et Gilbert Carpentier et autres Guy Lux qui se chargeaient d'endormir la France, à grands renforts de Sacha Distel, Claude François et autres François Valéry, pendant que nous nous épuisions à la réveiller, avec nos slogans et nos pancartes à la con.

C'est mieux maintenant ? Non. C'est tout pareil. On a remplacé les Carpentier et Guy Lux par Hanounah et Ruquier et les Claude François et François Valéry par Pascal Obispo et Céline Dion.

À Pétain, a succédé la blonde richissime de Montretout qui fait sa fortune sur la misère des pauvres. Au pouvoir divin de nos rois a succédé la monarchie républicaine, simplement, on change de souverain tous les cinq ans. On ne garde plus sa traction pendant quinze ans. On nous invite à changer notre déplaçoir à roulettes tous les deux ans pour sauvegarder des emplois qui disparaissent quand-même.

Finis les mouchoirs de Cholet, remplacés depuis des lustres par les mouchoirs jetables. Le magasin de fringues « Au chic parisien », tenu, au coin de ma rue par Mme Armande a disparu depuis longtemps, remplacé par une franchise qui nous vend du t-shirt fabriqué par des esclaves vietnamiennes.

Mais, mais, mais... comme dirait l'ami Daniel Mermet. Le monde avance. On ne sait pas très bien dans quelle direction. Mais c'est comme ça depuis toujours. Je noie mon pessimisme dans quelque liqueur écossaise ou irlandaise gouleyante et je me persuade que le meilleur est à venir. J'emmerde les passéistes, les cétaitmieuxavantistes.

Je suis vivant et pas près de crever. Et je profite de chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui me sont donnés. J'emmerde tous les empêcheurs d'aimer en rond, tous les connards qui veulent nous dresser les uns contre les autres.

J'emmerde Johnny Hallyday, le hérault – h.é.r.a.u.l.t., inlassable adversaire de l'impôt solidaire sur le revenu.

Que ce clown pitoyable retourne chez lui en Belgique, en Suisse ou au diable. Il n'aime les Français que quand ceux-ci alimentent son compte en banque en laissant à ces derniers le soin de régler l'impôt qu'il prétend confiscatoire. Confier la mission à cet individu, parangon de l'égoïsme le plus étroit, de vanter l'unité de la nation est une infamie. A-t-on au moins vérifié, au préalable, qu'il était en règle avec l'administration fiscale ?

Dommage que la talentueuse Jeanne Chérhal se soit prêtée à cette pantalonnade. Mais on lui pardonne, tant se sont fait avoir par cet imposteur. J'encourage les rescapés de Charlie de continuer à nous le soigner…

Ceci étant, j'aime mon prochain, surtout ma prochaine, entre nous soit dit.

 

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