Autoportrait en janvier

au fil des mois de janvier

Quel que soit ce janvier-là, quoi que furent les janviers advenus,
quoi que seront les janviers à venir,
 gris souris, gris chat  ou gris nuage,
soupe de légumes ou tripes aux lentilles,
celui-ci garde la trace de tristesses, nombreuses, deux mortelles,
de joies inaltérables aujourd’hui encore,
de mélancolies boudeuses,
de villes aimées, Paris, Marseille, Blois,
de ce fleuve natal, la Loire, dans son habit boueux au débit accéléré,
de ma famille sinistrée,
de pluies, de vents, de ciels roulant des colères insondables,
de repas gouteux, poivrés,
de chats ronronnant sur les couettes cocon.
Certes, bientôt, un jour proche,
je serai seule à pleurer ces joies  en demi-teintes,
plombée de vie, plombée de mots perdus, de voyages, de migrations avortées, de soirs tempétueux, de vents que j’aurais souhaité encore plus violents,
écrire encore, lire, écrire encore,
 lire, écrire, explorer des sentiments
que personne jamais encore n’a ressenti, qui n’existent pas encore.

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