Mon premier chat...

In Memoriam, ô chat perché sur une épaule... et à Anubis, fier et bon chat, dont la douleur de la perte encore me déchire...

 

Longtemps, j'ai eu des chats.

 

De bonne heure même, j'ai eu des chats.

 

Et de cette longue cohorte, qui m'accompagne encore aujourd'hui, il y a eu le premier.

 

C’était un tigre, un vrai, un chasseur redoutable. « Un félin en miniature » a écrit Lorentz ou Buffon, je ne sais plus. Il avait son territoire, la ferme familiale. C’était mon chat, c’était le roi des chats.

J’étais petit, très petit, mais il m’avait choisi. Il dormait près de moi, il siestait avec moi, me veillait. Tout le monde protestait, tel un front canin. Mes parents, mes oncles et mes tantes, les voisins, le reste de la famille, le pédiatre. Tout le monde, sauf mon grand-papounet qui le laissait, et qui en bon Ancien, en figure vétéro-testamentaire, avait énoncé la loi.

Pour moi, c’était une peluche, une drôle de peluche, qui bougeait, qui était toute chaude, qui faisait des bruits bizarres, avant de s’endormir à mes côtés. Contrairement à l’avis des Cassandre, jamais il ne m’a mordu, jamais il ne m’a griffé. Aucune maladie ne fut contractée, aucune pathologie ne fut communiquée, aucune infection ne fut constatée.

Il dormait avec moi, faisait son métier de chat, avec le bipède qu’il s’était choisi. C’était le roi des chats, c’était mon chat.

Je devais être alors un drôle de bipède… hésitant entre la position debout et la position à quatre pattes. Je ne parlais hélas pas chat, c’est dur à dire miaou quand on vous oblige à prononcer des stupidités comme papa, tata, maman, tonton… J’espère pourtant que je lui parlais, avec mon langage à moi, de petit bipède. Et curieusement, dans ses yeux, je savais qu’il me comprenait. Je l’aimais tellement cette peluche magique, mon Hobbes à moi, je l’aime encore. Un jour, il est mort. On me l’a tué. On a tué mon chat. Rien que d’écrire ces mots, les larmes envahissent mes yeux. La haine est là, jamais éteinte. Il n’y a pas de prescription pour ce crime-la.

Je me souviens… J’ai pleuré, beaucoup, énormément, à un tel point que je suis tombé malade... C'était mon premier chat, le roi des chats. Quand le bon roi tombe, les sujets sont attérés et à terre. Il n'y a rien après la mort. J’espère bien qu’il n’y a rien après, que le grand sommeil. A tout hasard, en partant, j’emporterai quelques livres, une lampe-torche et des lunettes, just in case… Mais j’espère de toute mon âme, de tout mon cœur jamais guéri, qu’il existe un paradis pour les chats, ces dieux à quatre pattes, où ils peuvent chasser, dormir, grimper aux arbres, jouer à saute-mouton, compisser murs et fleurs, grifouiller… Et là-bas, j’espère que mon chat, mon premier chat, comme les autres qui l’ont suivi, s’y trouve.

C’était un bon chat. C’était mon chat, mon premier chat, c’était le roi des chats.

J’espère que tu y es, tu sais et que le jour où je partirai, que vous, toi et les tiens, aurez la grâce de m’accepter, moi le petit bipède. J’espère que tu te souviendras de moi.

Toi, mon ami, mon frère, si complice, si compréhensif, toi, mon chat, mon premier chat…

 

 

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