Fumée, vodka et Bernard Pivot....

Je me rappelle de ces moments où tu étais silencieuse, lointaine…

Un instant plus tôt tu riais aux éclats….

Et puis pour un simple changement de lumière, tu basculais dans l’ombre, tu devenais transparente….

Je ne comprenais pas….je me réfugiais dans tes jupes noires…cherchant ta main noueuse….tu ne répondais rien….juste ton regard vert qui se posait sur moi, tu me souriais….mais tu ne me voyais plus….

Tu étais si forte pourtant….si rassurante…

Et soudain….un rien, un souffle d’air….pouvait te jeter à terre…..

Louise disait que c’était l’âme slave…..que tu étais toujours un petit peu malheureuse….même au milieu du bonheur le plus parfait…..

Je connais ces moments….j’ai de toi, tes yeux, ton humour, cette foi inébranlable en l’homme, cette capacité à me remettre en marche à chaque fois….à surmonter le pire…à rire de moi…

Tu m’as donné aussi ces moments de peine qui surgissent….incontrôlables….ces instants où je bascule…..

Hier soir….une fois de plus je suis passée de l’autre côté du miroir….

Une vague immense…..j’ai allumé une cigarette…récupéré la bouteille de vodka polonaise dans le congélateur….attrapé le plaid rouge et je suis allée me réfugier sur la terrasse….

Le chat Dule a fait son apparition dans les 30 secondes…..pour se blottir sur mes genoux….

Il faisait froid…j’ai regardé la nuit approcher, investir les lieux.

Mon esprit s’est mis à vagabonder et va savoir pourquoi j’ai pensé à Apostrophes…ce vendredi soir où Bernard PIVOT avait invité Milan KUNDERA et Fanny ARDANT….

Fanny ARDANT, sa voix profonde et sensuelle…décrivant son émotion à la lecture du dernier roman de Milan KUNDERA…. « j’aime ce passage au début du livre….cet instant où la femme s’éloigne sans se retourner et lève juste la main en guise d’au revoir…. »….

Je ne suis pas allée vérifier dans la bibliothèque de quel roman il s’agissait…sans doute L’Insoutenable Légèreté de l’Etre….

Je n’aime pas non plus dire au revoir….je ne sais pas faire….je m’éloigne souvent ainsi….juste ébauchant un signe de la main en guise d’au revoir….d’adieu….

La nuit est tombée sur Paris…je suis restée dans le noir à fumer….et la vague est passée….

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.