Martine Cribier
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Je me souviens....

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Billet de blog 17 juin 2018

Animaux, des mots.

L'animal domestique a, dans la vie de beaucoup d'entre nous, une place bien particulière, affective, unique. Chacun de nous a son originalité, chaque animal aussi, chaque relation entre l'un et l'autre est originale; la vie que nous partageons avec eux, plus courte que la nôtre souvent, a un début et une fin.

Martine Cribier
Bibliothècaire, voyageuse, rêveuse.
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Animaux, des mots.


Qu’ont-ils compris ? Que comprennent-ils de ce que je leur dis, de ces conversations que je mène à une voix avec eux, avec chacun un dialogue particulier, des mots qui me viennent pour leur parler, pas les mêmes pour chacun, ceux que j’invente aussi, à chaque moment que je partage avec eux, quel que soit l’épisode, le lieu, ceux que j’ai prononcés, seule avec lui, seule avec elle, avec chacun le vétérinaire m’avait laissée en tête-à-tête avant de revenir pour la piqure terminale, le temps de leur dire adieu de façon personnelle.

Plus jeune j’avais déjà vu mourir les deux chiennes, la chienne de chasse couleur chocolat de mon père qui lui a survécu et a terminé sa vie chez ma grand-mère, la chienne noir et blanc de ma grand-mère que j’ai vue mourir, ma grand-mère lui a survécu, ma grand-mère je ne l’ai pas vue mourir, mais morte, oui, ma mère aussi, puis il y eut bien d’autres membres de la famille.

Des morts, un chapelet de mes morts enfilés sur le fil de ma vie, la ponctuant à intervalles irréguliers, prévisibles voire prévus pour les uns, coups de tonnerre soudains pour les autres.
Ma vie, leurs morts, la mienne viendra un jour, comme un oiseau planant, tournant autour, au-dessus de moi de longs moments, disparaissant puis revenant ou alors fondant sur moi sans que je perçoive même son ombre.
A eux j’ai dit en ces moments ultimes qu’ils iraient au paradis des chats, au paradis des chiens. Le paradis des hommes après la mort n’est pour moi qu’une fable destinée à apporter du soutien à nos fragiles esprits, à nos corps défaillants, à nous faire oublier les présents, celui d’hier, celui d’aujourd’hui, sans doute celui de demain, ceux qui semblent éternellement ennuyeux, insipides, ceux qui n’en finissent pas, qui sont pénibles à mourir, toujours elle, à chaque coin de phrase, au détour de mes mots. Vivré-je sous sa tutelle ?
Comme chacun, homme ou animal, en naissant j’ai reçu la mort, certitude inoxydable alors que la vie n’est qu’incertitudes, chausse-trapes, chapelet d’inconnues, surprises, drames, joies, découvertes…sans cesse ne pas savoir ce que sera ce qui vient, seule certitude : l’issue dite fatale.

Le savent-ils, eux les animaux, qui n’ont aucun mal à donner la mort, qui semblent vivre pleinement la souffrance, la craindre même, qui ne prévoient pas leur mort, le savent-ils qu’elle va venir.

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