Cambrils 1962

Je me souviens de Cambrils 1962, entre le 14 juillet et le 15 août, j'avais 14 ans, l'Algérie était enfin indépendante.Je me souviens aussi de Barcelone et des Ramblas.

Je me souviens de Cambrils 1962, entre le 14 juillet et le 15 août, j'avais 14 ans, l'Algérie était enfin indépendante.

Je me souviens y être allé en 2 CV avec ma cousine et son mari qui était sur le point de partir au service militaire. Il avait 27 ans et grâce à des sursis pour études, fictives, il avait échappé à la guerre.

Je me souviens que le voyage fut long, il n'y avait pas d'autoroutes. Nous avons dû coucher à Sitges chez l'habitant.

Je me souviens de l'emblème de la Phalange à l'entrée de chaque village.

Je me souviens que beaucoup de statues et d'avenues honoraient le généralissimo.

Je me souviens qu'il ne fallait pas entrer dans les églises en short.

Je me souviens avoir appris que la langue espagnole officielle s'appelait aussi le castillan.

Je me souviens que Dona Ramona la logeuse parlait catalan et portait un patronyme fréquemment rencontré dans le Sud de la France.

Je me souviens que mon cousin disait, quand il entendait parler Ramona, que sa langue lui rappelait le patois de son père.

Je me souviens que la porte fenêtre du séjour cuisine ouvrait sur la terrasse d'une bodéga et surtout sur le lumineux port de pêche. Les autres pièces en enfilade étaient des chambres noires sans fenêtres. Il y faisait frais.

Je me souviens du manège pétaradant des bateaux.

Je me souviens de la plage de sable qui n'était guère bordée il me semble que par des champs.

Je me souviens que mon cousin m'a appris à nager, à la fin du séjour je pouvais m'aventurer jusque sur les rochers de la digue du port.

Je me souviens que j'aimais amener la petite fille de mes cousins à l'eau. Elle adorait les petites vagues.

Je me souviens que nous faisions la sieste.

Je me souviens que le soir les rues étaient très animées. Nous nous couchions tard.

Je me souviens que les restaurants n'étaient pas chers. Je raffolais des beignets de calamars.

Je me souviens avoir aussi aimé la paella.

Je me souviens avoir appris à danser le twist.

Je me souviens avoir appris la mort de Maryline.

Je me souviens de Salou ou de Sitges beaucoup plus touristiques à l'époque.

Je me souviens que Tarragone renfermait de beaux vestiges romains, je ne me souviens plus lesquels. Mon cousin, prof de lettres classiques, me traduisait les inscriptions gravées dans la pierre des monuments.

Je me souviens qu'un dimanche alors que ma cousine gardait le bébé j'ai accompagné mon cousin à la corrida. La 1ere et la dernière fois de ma vie. Nous étions à l'ombre.

Je me souviens des picadors.

Je me souviens qu'au retour, avec la famille qui nous avait rejoints nous avons visité Barcelone.

Je me souviens que, perdus dans la grande ville, un passant nous avait amenés dans un vieil hôtel de la plazza Réal. Il nous avait dit, tristement je crois, qu'en France on l'aurait appelée place de la République.

Je me souviens que nous étions près des Ramblas mais aussi des rues « chaudes ».

Je me souviens avoir entendu parler de ces rues chaudes quelques années plus tard quand « La marge » de Pieyre André de Mandiargues obtint le prix Goncourt.

Je me souviens que nous avions fait une visite nocturne en taxi. Le chauffeur avait évoqué les tristes heures franquistes de Monjuich.

Je me souviens qu'au retour nous nous sommes arrêtés à Carcassonne. Suite à un « petit incident » arrivé à ma tante j'ai découvert que les femmes avaient des règles.

Je me souviens que mon cousin disait à ma sœur et à ma cousine que j'étais « naïf ».

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