Otelo et Dominique.

Deux héros romanesques.

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En Août 1974 je revins vivre à Paris après quelques mois passés au service national de la coopération en Algérie où j'avais suivi d'assez loin la Révolution des Oeillets au Portugal mais sur mon nouveau lieu de travail il était beaucoup question de l'Histoire qui s'écrivait à au bord du Tage, et certains de mes amis cégétistes avaient même fait pendant leur congé d'été le voyage à Lisbonne pour connaître le frisson de l'insurrection. Le héros du moment c'était incontestablement Otelo Nuno Romao Saraiva de Carvalho. Le Monde d'aujourd'hui nous dit  : «  Dans sa jeunesse, Otelo voulait être acteur. Il a été le principal sur la grande scène de la révolution portugaise, dite « des œillets », en avril 1974. Une révolution dont il a été le stratège et qui a fait de lui, d’abord un héros, puis un martyr. Celui qui a traîné derrière lui les foules en liesse – les paysans affamés de la région de l’Alentejo, les ouvriers insurgés de la ceinture industrielle de Lisbonne, les jeunes soldats et capitaines qui découvraient subitement le goût de la liberté – est mort le 25 juillet, à 84 ans, à Lisbonne. »

Le souvenir de cet homme fut, pour moi, amplifié par la lecture en 1977 du roman « Le Cinquième Empire » de Dominique de Roux, autre héros romantique qui abandonnât le monde germanpratin pour devenir reporter et peut être agent secret sur les théâtres des guerres de la fin de l'empire colonial lusitanien. Ce roman fut le chant du cygne du jeune créateur sulfureux des cahiers de L'Herne mort cette année là.

Des premières heures de gloire lisboètes du capitaine, héros de roman, de Roux écrit :

«  Otelo inaugure. Il a plusieurs visages, le gauchiste et le palotin. Il écrit des pièces, aucune faute de portugais, mais beaucoup de tournures très concrètes : « Il se gratta la tête avec tous ses doigts » Il a piqué au vol quelques notions politiques :

  1. Les socialistes au pouvoir c'est contre les Américains ;

  2. La censure, si elle est exercée pal PC, c'est de la vigilance dans l'intérêt des travailleurs.

Un journaliste allemand s'échine à lui donner le soir des cours d'économie, il n'en continue pas moins de préconiser l'anarchisme avec, comme dans Fourier, un océan de limonade. Il lit, lit pour se faire une opinion, au hasard des manuels, se fourvoyant dans le guévarisme, le maoïsme, le populisme, liés à des thèmes socialistes confus, fascisme à la portugaise avec la révolution permanente et la longue route rectiligne, de ce que Thomas Mann, parlant du nazisme,appelait la griserie des vacances perpétuelles du moi. »

L'artiste est mort à 41 ans, le révolutionnaire à 84 ans.

[Retraite Chandeigne] "Le Cinquième empire" de Dominique de Roux par Tigrane Yégavian

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