Je me souviens du professeur Nimbus

Est-ce vraiment mon premier contact avec la bande dessinée ? Je ne crois pas. Avant, il y eut les dessins de Benjamin Rabier, les Bécassine, d'autres dont j'ai oublié les auteurs. Nimbus est sans doute le premier comics que j'ai lu, j'ai honte de dire que ce devait être dans l'Aurore ou le Figaro. Je singeais les grandes personnes plongées dans la lecture de leur journal.

                           

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         Est-ce vraiment mon premier contact avec la bande dessinée ? Je ne crois pas. Avant, il y eut les dessins de Benjamin Rabier, les Bécassine,  et ces deux tomes qui racontaient la guerre de 40, dont j'ai oublié les auteurs - Hitler était le grand méchant loup, Mussolini une hyène peu recommandable, les français de petits lapins insouciants qui se baignaient autour d'un lac - très loin tout ça. Nimbus est sans doute le premier comics que j'ai lu dans la presse, j'ai honte de dire que ce devait être dans l'Aurore ou le Figaro. J'avais mes habitudes et je singeais les grandes personnes qui se plongeaient dans la lecture de leur journal. Le personnage de Nimbus était très typé, avec son noeud papillon gigantesque, son chapeau claque, sa tête ronde surmontée d'un seul cheveu en forme de point d'interrogation. En quatre vignettes, le dessinateur, André Daix,  esquissait un gag, pas vraiment drôle, au ressort plutôt éculé, qui reposait toujours sur la distraction  du professeur Nimbus et sur un argumentaire très répétitif qui visait à montrer qu'on pouvait commencer un raisonnement rigoureux, sans être assuré qu'il déboucherait sur la conclusion attendue - une bosse ou un coup de pied ou une glissade malheureuse servaient de "chute" ! Le savant était ridicule, son aspect clownesque interdisait qu'on ait pour lui admiration ou respect, il était seulement, la plupart du temps, à côté de la plaque,  perpétuellement dans les nuages, pas méchant sans doute, ni dangereux, bête plutôt.

                                   Rien à voir avec le savant Cosinus, tout aussi distrait et perdu dans le détail de la vie quotidienne, c'est certain, mais que son créateur, Christophe, entraînait dans des aventures infiniment plus drôles et que j'ai découvert plus tard. Le dessin n'était pas très élaboré mais il y avait du texte et une force comique qui me mettait en joie. Rien à voir non plus avec le Professeur Tournesol qui ne devait son ridicule qu'à sa surdité, mais dont le génie scientifique était sans pareil.

                                   Un jour, où contraint de garder la chambre pour une quelconque maladie, je somnolais sous l'effet de la fièvre, je vis le visage de Nimbus apparaître par l'entrebaillement de la porte. Jamais eu aussi peur de ma vie, j'ai poussé un hurlement d'effroi, j'ai éclaté en sanglots, tremblant comme une  feuille - à la grande déception de ma grand-mère qui avait trouvé amusant de me rapporter un masque en carton-pâte -  c'était l'époque du Carnaval. Pendant des années, j'en ai gardé une phobie des masques, des déguisements outranciers, des foules qui se déchaînent sous la protection d'un loup ou d'un masque grottesque. Une haine des nuages, aussi.

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