Le poulailler.

Bonjour à tous, Défi en ces temps de relatif désœuvrement : chaque jour, je posterai ci une nouvelle à lire. Je ne parlerai pas de confinement, promis ! N'hésitez pas à commenter, à donner votre avis... Un thème général : les objets. Aujourd'hui, nouvelle n°2. Bonne lecture !

Les poules sont les animaux les plus stupides que j’aie jamais vu. De plus, elles se régalent de vers de terre.
J’ai toujours eu peur de les nourrir : quand on pénétrait dans leur enclos, il y en avait toujours une qui vous piquait le mollet de son bec et je ne comprenais pas pourquoi. Il me semblait impossible qu’elles confondent ma jambe avec un ver de terre ou bien qu’elle ne remarquent pas que je venais en ami, pour leur donner du grain.
Pire encore était le coq, dont on m’avait prévenu qu’il fallait se méfier, lui qui paradait du matin au soir sans souci du ridicule et dont les cris stupides me tiraient du lit bien trop tôt.
Par contraste, les lapins, dans leurs clapiers, ressemblaient à des animaux sortis tout droit du paradis. Totalement inoffensifs, le pelage doux et chaud, blancs comme neige, ils étaient à la fois peureux et chaleureux : ils tremblaient quand on les prenait dans les bras mais semblaient également s’y blottir.
Au-delà du poulailler s’étendait le vaste territoire du « jardin du fond », lieu des cultures de légumes. Il s’agissait là d’une zone qui nous était interdite, à nous les enfants : les dégâts qu’on aurait pu y causer étaient considérables.
Au plus loin, au fond du fond, se trouvait le fumier.
C’est là qu’on rejetait le peu de choses qui n’était pas dévoré par le chat, les poules ou les lapins. On y entassait la paille vieillie des poules pour recouvrir les déchets provenant de Jules César.

Jules César, près du puits, était une cabane de bois dans laquelle on venait faire ses besoins. Le soir, avant de se coucher, on s’y rendait une dernière fois, tous les enfants en file indienne derrière ma cousine qui tenait la lampe, en chantant — Jules César, Jules César ! — comme une incantation sensée nous protéger du froid, de la noirceur de la nuit et de l’inconfort du lieu.

En m’endormant dans les draps de lin froids je savais qu’après le chant du coq les bruits de ma grand-mère, sourde comme un pot, agitant les casseroles — qu’on rangeait sous l’escalier — pour préparer le petit déjeuner m’éveilleraient à coup sûr : je n’avais rien à craindre de la nuit.

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