Quelques images encore...

Bien sûr, le style des images de Benjamin Rabier n’a plus l’heur de plaire beaucoup en 2009. Pensez donc! La première édition de ses Fables de La Fontaine, chez Tallandier, remonte à 1906!

rabier rabier
Bien sûr, le style des images de Benjamin Rabier n’a plus l’heur de plaire beaucoup en 2009. Pensez donc! La première édition de ses Fables de La Fontaine, chez Tallandier, remonte à 1906!

 Trois-cent-six compositions, dont quatre-vingt-cinq en couleurs. Un peu plus tard, pour les plus célèbres des Fables, il composera des placards verticaux de quatre ou cinq images, comme des story-boards avant l’heure, de 30 centimètres sur 90 environ. Nous les admirions, ces bandes gaiement coloriées qui étaient accrochées avec un soin méticuleux sur les murs de nos salles du cours élémentaire et du cours moyen. 

Rabier, auteur aussi de comédies, est devenu célèbre parce qu’il était «l’homme qui fait rire les animaux». Son canard au cou long et maigre baptisé Gédéon, qui intéressera même la télévision bien des années plus tard, a connu un franc succès auprès des enfants des années 30. Mais dites-moi donc quel publiciste (à Rolex ou pas) a laissé, dans le souvenir des Français de trois ou quatre générations, une trace aussi profondément marquée que le créateur de la baleine des boîtes de sel (vous savez bien, celle que nous montrait grain de sel!) et mieux encore de la Vache qui rit! Cette Vache qui rit, née en 1921, faisait référence, le saviez-vous? à un bœuf hilare peint, quelques années plutôt, sur les flancs de camions de ravitaillement de la Grande Guerre.

Les animaux rieurs de Benjamin Rabier avaient leur place dans le panthéon des enfants... et sur les murs de leurs écoles, chance que n’eurent pas les Pieds Nickelés de Louis Forton.

Un autre personnage que l’on n’aimait pas sous les préaux s’appelait Tarzan. Au début des années 40, déjà célèbre aux Etats-Unis, il avait pourtant fait preuve d’un beau patriotisme! Au même titre que les trois petits cochons de Tex Avery, que Popeye aussi et d’autres, il avait participé avec la vigueur et l’entrain qui le caractérisent à la propagande anti-nazie et fait la pub des war-bonds!

Etrange aventure que celle de ces planches publiées aux States pendant la deuxième guerre mondiale et qui ne nous sont parvenues que dans les années 1948/1950. On y découvrait, avec un décalage étonnant, qui maintenait les Allemands dans leur rôle de méchants cinq ans après la chute du Reich, un homme-singe combattant avec ses moyens (paquets de muscles, couteau, lianes, éléphants, lions et gorilles en rangs de bataille) les soldats de la Wehrmacht dans d’improbables jungles qu’on ne savait où situer, quelque part au Togo peut-être ou bien au Cameroun, ex-colonies allemandes...

Beaucoup plus calme, mais pas toujours, était l’ambiance de la fameuse Série bleue des contes de l’imagerie Pelletier, d’Epinal. Peintes au pochoir (taches bleues, rouges, jaunes et vertes, jamais mélangées) les grandes pages livraient aux yeux ébahis des gamins et des gamines les contes classiques - Le Chaperon Rouge, Cendrillon, etc. – et d’autres dont peu d’entre vous auront entendu parler: La Petite aux Grelots, Le Parapluie enchanté, La Princesse printanière, La Fée Cœurette et son Prince Cador (si! si!) ou encore Bellotte et Laideronnette. Vous les raconterai-je un jour ?

 

 

 

 

 

Tout le monde connaît, je suppose, le Professeur Nimbus. Pendant près de soixante années, le petit scientifique farfelu et son unique cheveu en forme de point d’interrogation ont vécu 11000 aventures muettes, racontées en quatre images, dans nombre de nos journaux! Ce comic-strip qui avait vraiment une allure anglo-saxonne était un produit 100% français dû au dessinateur André Daix. Cocorico!

 Mais revenons aux Fables, avec celui qui fut certainement le plus grand de leurs illustrateurs, Gustave Doré. Celui dont je ressortirai une seule gravure pour la montrer à mes petits-enfants si, un jour, le FN, à l’occasion d’une élection, enregistre de nouveau en Alsace des scores de 25% et plus, de 90% dans certains bleds où l’on n’a même jamais vu un seul étranger...

Gustave Doré. Regardez. Observez avec attention les regards de ses personnages. De la part d’un Alsacien de naissance, quel coup de pied au cul d’Alsaciens racistes (et d’autres, d’ailleurs)!

 Première page du livre, toute première fable et donc première image qui tombe sous les yeux. Les avez-vous reconnues, les protagonistes?

 

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