A-mère fête des mères

Je me souviens de leur retour de l'école, le samedi, avant le week-end. Tous les ans les même scènes. Tous les ans un long week-end.Un bougeoir, un dessin, une boite décorée,... objets d'apparence si dérisoire mais tellement chargés d'affects. Porté délicatement, traîné comme un fardeau, enfoui au fond du cartable, c'était le jour du "cadeau" de la fête des mères.

Je me souviens de leur retour de l'école, le samedi, avant le week-end. Tous les ans les même scènes. Tous les ans un long week-end.

Un bougeoir, un dessin, une boite décorée,... objets d'apparence si dérisoire mais tellement chargés d'affects. Porté délicatement, traîné comme un fardeau, enfoui au fond du cartable, c'était le jour du "cadeau" de la fête des mères.

Souvent vite délaissé dans un coin de couloir ou oublié au fin fond du dortoir, parfois porté en courant dans tous les recoins du bâtiment pour trouver un regard qui se posent sur eux et des mains, féminine, souvent mais pas toujours, qui acceptent l'offrande : "tiens eugénio, tu le donneras à ta femme".

Ça faisait des jours qu'à l'école c'était effervescence. Comment ne pas leur proposer, à eux aussi de réaliser ce fragile objet de bric et de broc, probablement l'activité la plus investie et la plus partagées de l'année. Ne pas le faire aurait été une discrimination impensable, le laisser faire c'était ... remuer le couteau dans la plaie.
Parfois, quand la réalité était si brutale qu'elle détruisait jusqu'à leur imaginaire, on trichait, on trouvait un prétexte pour les garder au foyer. Moindre mal ? peut-être, peut-être pas...

L'absence, l'absence de la mère, l'absence de sa mère pour un enfant, plaie terrible qu'on ne peut combler.

Peu importe le motif, les réalités souvent épouvantables qui ont amené cette situation et dont parfois ils en ont une perception, une certaine perception, une perception d'enfant : les yeux grands ouverts, le cou tendu tendu, regards d'en bas , vers l'adulte, vers le haut, là-haut.


Pour un enfant c'est toujours lui et lui seul le responsable.

Je me souviens, c'était il y a quarante ans ...

 

J'ose faire le rêve fou que la vie leur a permis à eux aussi un jour, ne serait-ce que par la pensée, ou alors avec leur enfant, de

boire tous les deux,
Là où boivent les gens heureux,
Ensemble à la même fontaine

 

Ma mère,
Pourquoi ne m´as-tu jamais donné
Le câlin chaud, le gros baiser
Qui vient du fin fond des entrailles?
Pourquoi, d´un air paisible et doux,
N´as-tu pas demandé au loup,
Au croquemitaine, qu´ils s´en aillent?
Tu sais, je me r´trouve aujourd´hui,
A trent´ -sept ans, toutes les nuits,
Encore privé de tes caresses,
J´ai pas d´mandé à voir le jour
C´est les parents qui font l´amour
Et les mères qui font les grossesses...

Ma mère,
Tu ne m´as sûr´ment pas voulu
Mais j´étais là, fragile et nu,
Les bras tendus comme des branches,
Un enfant a besoin de tout,
De feuilles mortes et de toutous,
Et de tendresse et de dimanches...
Ah! ces dimanches, auprès de toi,
A mon retour de l´internat,
- dieu! que la semaine était lente -
J´aurais voulu que tu me serres
Tout contre toi, tu sais, ma mère,
Et qu´on rie tous deux, et qu´on chante!

Ma mère,

Comm´ d´autr´s, tu avais tes problèmes,
Ça doit pas empêcher qu´on s´aime,
Qu´on ait de l´amour à revendre,
De l´amour, j´en avais des tonnes
Bloquées au niveau du sternum,
Et puis des envies de me pendre
Tu sais, je me r´trouve aujourd´hui
Devant les gens, devant la vie,
Recroquevillé dans ma peur,
Er quand on s´rencontre un instant,
On parl´ de la pluie et du temps
Avec, entre nous, la pudeur!

Ma mère, si j´ai fait cett´ petit´ chanson
C´est que ça ne tournait pas rond
Dans ma poitrine, c´est que je t´aime,
Le prochain jour que l´on se voit
Approche-toi plus près de moi :
Tu sais, je ne mords pas quand même...
Il nous reste si peu de temps
Pour rattraper les heures d´antan,
Avant que la mort ne nous prenne,
Pourquoi ne pas boire tous les deux
Là où boivent les gens heureux,
Ensemble à la même fontaine?

Pourquoi ne pas boire tous les deux
Là où boivent les gens heureux,
Ensemble à la même fontaine?

Ma mère, Henri Tachan © Jacquy Ankaert

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