Billet de blog 6 déc. 2021

Joseph Siraudeau
Abonné·e de Mediapart

Dimanche 5 décembre : un déchirement

Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.

Joseph Siraudeau
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’écris la tête abattue, le coeur soulevé. Cette nuit…

Il y eu déjà tant de réactions que je ne prendrai pas la peine d’égrener les faits.

J’essaie de réfléchir, mais comment ? Rentré.e chez moi, ébranlé.e, déchiré.e, des spasmes me traversant le corps, ces images me collent à l’esprit. En boucle. Les actes ont remplacé les mots.

Conscient.e que ces phénomènes ne datent pas d’hier (je pense, entre autres, à ces groupuscules fascistes souvent en balade à Lyon), je ne pourrais pas dire : un cap a été franchi.

Non, il n’y eut ni bifurcation, ni amplification. Il y eut simplement actionnement du détonateur.

“Tic, tac” (1) fait, depuis cet après-midi, l'horloge du péril politique.

J’ai vu, comme j’ai pu le voir et le revoir par le passé ; j’ai vu la létalité dans leurs yeux ; j’ai vu la rage dans leurs muscles ; j’ai vu la fièvre dans leur sans-cœur. 

Et ils déferlaient le pavé, ils faisaient valser les nuques, et ils gueulaient la haine, ils ordonnaient la foudre cybernétique. Comme des hordes ils coursaient, comme des meutes ils dévoraient.

Des dizaines d’interpellations. Des centaines d’humiliations.

Des milliers de chemises noires acclamaient gaiement. Des centaines rudoyaient avides, matérialisation de la fiction du corps commun.

Pendant ce temps, d’autres brayaient leur joie. Des réjouissances, il en faut indéniablement, mais celles d’aujourd’hui avaient un goût amer de désolidarisation. Sans doute, à chacun.e ses plaisirs.

        Ils et elles nous disent qu’il n’y a rien à craindre. Un épiphénomène et, “comme toujours, vous exagérez” (2). L’écran protecteur se confond mal avec la pluie sombre du dehors. Jusqu’ici, pas de mort, donc tout va bien.

Et la rhétorique implacable nous est servie. Si certaines paroles sont répréhensibles, cibler les-policiers-nos-amis qui maintiennent la sécurité aux abords du lieu-dit est impardonnable. 

Surtout, la vraie violence, c’est d'empêcher quelqu'un.e de s’exprimer. Dit la masse fade et morte-vivante (3).

Oui, ils nous ont tenu en échec. Leurs moyens de neutralisation l’expliquant logiquement.

Oui, nous pouvons nous reprocher notre faiblesse tactique.

Oui, nous pouvons regretter nos courses, parfois justifiées, parfois précipitées.

Oui, nous avons été désarmé.es physiquement.

Mais nous étions présentes et présents. Là.

Puisque aucune menace ne l’est que ponctuellement, osons nous réunir, chaque jour s’il le faut. Osons prévoir en nous laissant toujours la liberté d’improviser. Et répandons l’auto-défense.

*

A l’heure où j’écris ces phrases, des gens croupissent dans leur geôle depuis midi, sans soins, sans contacts extérieurs.

D’autres ont été libérés tardivement.

Ce texte leur est adressé.

(1) “Et nique la bac”, pour les intimes.

(2) Parole anonyme.

(3) Résultat du projet politique d’apathie citoyenne.

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