Le théâtre du crime, c'est pas joli joli !

 

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Le musée de l'Elysée à Lausanne affiche une exposition qui sort de l'ordinaire. Le théâtre du crime propose à ses visiteurs une plongée morbide dans la photographie judiciaire au début du 20e siècle. Les photographies exposées sont rares et méritent d'être montrées. Malheureusement les options muséographiques insistent trop lourdement sur la dimension esthétique des images au détriment de leur fonction, leur usage, leur histoire.

 

 

Bon d'abord, il faut avoir le coeur bien attaché. Camille et moi sortions de table, au menu filet de perches, café puis glace sur les quais d'Ouchy avant de remonter au musée de l'Elysée. Le petit air frais de la climatisation et la blancheur immaculée des salles du musée renvoient à une ambiance de morgue. Surtout que tout est blanc, partout. Brrrrrrr. Oubliez votre dernier repas, mettez une petite laine et suivez le guide ! Comme à l'accoutumée, la visite de l'expo commence par un panneau explicatif nous présentant l'auteur des photographies,Rodolphe Archibald Reiss, ainsi qu'un petit couplet un peu léger sur la fonction des images présentées par l'expo au moment où elles ont été prises -soit des éléments contribuant à l'administration des preuves dans le cadre d'une enquête judiciaire- et la dimension esthétique qu'elles ne manquent pas de prendre par le biais de l'exposition. Là, je commence déjà à grogner. Un peu.

 

 

La notice explique pourtant bien que chaque photographie s'inscrit dans une série qui tend à dresser un panorama le plus exhaustif possible de la scène du crime. Ainsi les photos sont-elles prises dans le sens du général au particulier. Pourtant, rien de tout cela dans les salles qui suivent. La muséographie opte pour une présentation différente. Ici on trouvera des portraits de corps revivifiés, Là des plans plus généraux de cadavres avec l'environnement dans lequel on les a trouvés. Les explications accompagnant les photographies se limitent au minimum. Une date, un lieu, la vague mention d'une "affaire", d'un "meurtre", ou d'un "suicide probable". Point. parfois, on trouve un extrait du manuel de la police scientifique et de la photographie judiciaire, deux ouvrages signés par Reiss concernant de près son métier.

 

 

Que nous disent ces images alors ? Pas grand chose. On est surtout censé apprécier leur valeur esthétique. C'est sûr, au-delà de leur formalisme imposé par les règles de la criminologie naissante -ou peut-être même grâce à elles-, les photographies de Reiss impressionnent. On y trouve un sens poussé de la composition et du portrait. Les scènes de crimes commis dans des pièces closes sont prises à hauteur de plafond et offrent d'étonnantes perspectives. Le but étant de saisir l'entier du lieu, le cadavre se retrouve réduit à un statut d'objet sans plus de valeur que le mobilier qui l'entoure. Alors, esthétiques, ces images? Après tout pourquoi pas. Mais réduites à cette seule fonction, il ne reste que la mise en scène macabre du cadavre et la curiosité morbide du visiteur.

 

 

L'exposition s'accompagne d'une publication éponyme qui ne partage pourtant pas le même travers. On y trouve toutes les références qui font défaut à l'exposition ainsi que de nombreuses notices historiques sur la criminologie et la biographie de Reiss. Seul bémol, l'ouvrage, de mon point de vue nécessaire pour apprécier pleinement l'exposition, coûte 69 francs... Qui a dit que la culture serait bientôt gratuite ?

 

 

Référence : Collectif, Le théâtre du crime, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009

 

 

 

Guillaume Henchoz

 

 

 

 

 

 

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