La politique-réalité ou la tyrannie de l’opinion

Si vous voulez que Sarkozy reste, appuyez sur la touche 1. Sinon, appuyez sur la touche 2. Fiction, fantasme ?En Suisse, le fantasme est devenu réalité, et les psychologues l'affirment : il vaut mieux ne pas réaliser tous ses fantasmes.

Si vous voulez que Sarkozy reste, appuyez sur la touche 1. Sinon, appuyez sur la touche 2. Fiction, fantasme ?

En Suisse, le fantasme est devenu réalité, et les psychologues l'affirment : il vaut mieux ne pas réaliser tous ses fantasmes.

Le 6 novembre dernier, le quotidien romand 24 heures titrait : « Doriot jeté en pâture. » Une formule qui fleure bon la fosse aux lions. Mais qui est ce Doriot ? Doriot, Jean-Claude de son prénom, est un municipal de la ville de Montreux accusé de corruption passive. Sans portefeuille depuis 19 mois et exclu par son parti (le parti socialiste ndlr), il est néanmoins toujours en poste. Et refuse de démissionner : « ce serait m'accuser alors que je suis innocent » affirme-t-il.

En effet, la présomption d'innocence a lieu d'être dans cette affaire puisque la justice n'a pas encore rendu son jugement. La justice et ses lenteurs, l'affaire qui grossit dans les medias -elle a éclaté il y a 19 mois- et le peuple qui gronde. Résultat ? Le peuple -ici les électeurs montreusiens- devra répondre à cette question le 7 mars prochain : «Souhaitez-vous conserver sur son fauteuil un municipal renvoyé devant les juges pour corruption passive?». C'est la première fois, en Suisse, que les électeurs pourront se prononcer sur la révocation d'un édile, fait rendu possible par une modification de la Constitution en 2006. «Ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire.»

Voici ce qu'en dit Philippe Leuba, le chef du département de l'Intérieur, au 24 heures : «Ne préjugeons pas de la culpabilité ou pas de M. Doriot, la présomption d'innocence doit demeurer. Les faits reprochés étant liés à l'exercice d'un mandat de municipal, le scrutin se positionne sur le terrain politique.» Un peu tiré par les cheveux, n'est-ce pas ? Sur quels critères le peuple devra-t-il juger Doriot ? Sur sa bonne (ou sa mauvaise) gueule, sur sa synthèse personnelle des dizaines de coupures de presse qui ont émaillé l'affaire depuis avril 2008 ? Et la présomption d'innoncence ?

Encore un scrutin qui promet d'être émotionnel. Ou comment, en voulant se faire justice, on bafoue la justice.

Pourquoi rapporter cette anecdote ? Parce qu'elle me semble toucher de nombreux points sensibles en France actuellement : la dialectique entre les élites et le peuple (cf. l'affaire Mitterrand), la suspicion qui pèse sur la justice (le verdict de l'affaire AZF ne va pas arranger les choses), la pipolisation du politique. Une anecdote suisse qui colle donc à l'air du temps, en France. Et qui le devance même un peu, puisqu'ici le peuple va pouvoir se faire justice. Gageons que Doriot paiera pour "les autres" (sic).

Pour la petite histoire, c'est son ex petite amie qui l'a dénoncé à la justice.

Sic transit gloria mundi.

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