Allemagne 4 - Algérie Ouf !

Tonton Idir cache sa tête entre ses mains et murmure : «Merci mon Dieu, heureusement que l'Algérie s'est arrêtée avant le deuxième tour !» «Regarde, dit-il dans ce café algérois en suivant la raclée que l'Allemagne donnait aux Argentins, regarde, tu nous imagines jouer contre cette machine ?Regarde comme ils courent, ils ne sont jamais fatigués ! Mais qu'est-ce qu'ils bouffent de bon matin ? Du lion en conserve ?»

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Tonton Idir cache sa tête entre ses mains et murmure : «Merci mon Dieu, heureusement que l'Algérie s'est arrêtée avant le deuxième tour !» «Regarde, dit-il dans ce café algérois en suivant la raclée que l'Allemagne donnait aux Argentins, regarde, tu nous imagines jouer contre cette machine ?Regarde comme ils courent, ils ne sont jamais fatigués ! Mais qu'est-ce qu'ils bouffent de bon matin ? Du lion en conserve ?»

Tonton Idir, ancien industriel qui savoure sa douce retraite bien méritée, pousse un soupir de soulagement: «Parce que là, si jamais, par le plus hasardeux des miracles, l'équipe d'Algérie avait rencontré l'Allemagne, ces derniers nous auraient ma-ssa-c-rés ! Ils se seraient vengés du match de 1982, en Espagne, (au stade El Molinón de Gijón, visible sur Youtube et Dailymotion) quand on leur a mis un 2-1 ! Là, en 2010, ils nous auraient mis un score de basket-ball !»

Outré, un voisin de table se lance dans une tirade en boucle : «Ah, la grande équipe de 82 ya kho (mon frère), des hommes, des vrais que je te dis, pas des stars de la pub, les Cerbah, Merzekane, Kourichi, Guendouz, Dahleb, Mansouri, Fergani, Belloumi, Madjer, Assad, Bensaoula... !» «Oui, mais attention, en 82 on n'a joué qu'avec la moitié de l'Allemagne (la RFA à l'époque)», nuance tonton Idir.

Philosophe, il analyse en sirotant son café noir serré à l'eau acidifiée d'Alger : «Nous vivons sur ce mythe de 82 depuis cette fameuse Coupe du monde en Espagne. C'est, avec l'Indépendance en 1962, l'une des dates phares du pays. Tout le monde parle de l'Algérie-Allemagne de 82 comme si c'était plus important que la guerre de Libération ! Donc, notre élimination au premier tour nous a sauvés, et de l'humiliation et de rencontrer des Allemands qui ont une sacrée revanche à prendre sur l'histoire !»

Son voisin fait de grands yeux et préfère se retourner vers le petit écran suspendu au-dessus des clients du café. Quelques jours plus tard, tonton Idir me raconte l'histoire de son ami, ingénieur en hydraulique installé à Berlin qui vient de rentrer pour les vacances : «Il a regardé le match Allemagne-Argentine dans un bar à Berlin avec ses collègues allemands en portant un tee-shirt argentin ! D'autres immigrés supportaient pourtant l'Allemagne. Sauf lui. A la fin du match, ses collègues allemands ont commencé à le charrier, il leur a balancé : "De toute manière, nous, on a gagné rien qu'en ne jouant pas avec vous, et on maintient le même score depuis 82 !"» «De toute manière, soupire tonton Idir, on n'a que ça!»

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