Finale de la Coupe du monde de football: à l'ombre d'un géant

Comment ne pas être émerveillé? Même par les participants de la petite finale, celle qui a vu la victoire de l'Allemagne devant l'Uruguay (3-2), samedi 10 juillet, en attendant la grande, dimanche 11 juillet, qui oppose les Pays-Bas à l'Espagne.

Comment ne pas être émerveillé? Même par les participants de la petite finale, celle qui a vu la victoire de l'Allemagne devant l'Uruguay (3-2), samedi 10 juillet, en attendant la grande, dimanche 11 juillet, qui oppose les Pays-Bas à l'Espagne.

Honneur aux vaincus. L'Uruguay, double championne du monde des temps glorieux (1930-1950), une légende. L'Allemagne, couronnée trois fois (1954, 1974, 1990), dont Franz Beckenbaueur dit qu'elle est la plus belle sélection depuis des années, une équipe animée par l'esprit même du «Kaiser», un des rares footballeurs à avoir gagné la Coupe du monde comme joueur puis comme sélectionneur, symbole de la rigueur et de l'abnégation allemande qu'il incarna en 1970 quand il joua la demi-finale contre l'Italie (4-3 pour l'Italie après prolongation) malgré la douleur d'une clavicule cassée, marquant à tout jamais l'histoire du jeu.

Depuis, l'Allemagne du football a grandi avec ces images fortes qui ont, à coup sûr, inspirée la formation conduite par Joachim Löw, qui conjuge deux qualités essentielles au football moderne: le jeu vers l'avant et les attaques rapides.

Reste nos deux autres finalistes. L'Espagne, battue lors de son premier match par une sélection suisse qui a joué à 10 derrière avec une abnégation et une volonté exceptionnelles. C'est le seul accident du parcours espagnol.

L'Espagne, c'est un rouleau compresseur, une tornade qui emporte tout sur son passage: jeu court irrésistible; jeu long d'une précision diabolique; collectif huilé à point qui pratique la récupération dans toutes les zones du terrain; un extra terrestre en pointe (David Villa) et un gardien de but (Iker Casillas) qui a fait bénir ses gants avant le Mondial à la chapelle Sainte-Thérèse-de-Madrid; un entraîneur plein d'expérience, droit et créatif.

Mais qu'est-ce qui explique la mutation du football espagnol, qui, jusqu'ici n'a jamais emporté que deux Championnats d'Europe des nations (1964, 2008)? Quel homme a pu inspirer un tel jeu collectif, un tel esprit offensif? Quel joueur, quel technicien a inventé ce football total où les ailiers se confondent avec les défenseurs latéraux, où les attaquants viennent sauver des ballons sur la ligne de but?

La réponse, elle se trouve aux Pays-Bas, l'autre participant ce cette finale inédite, qui partage le même secret. Parce qu'ici aussi, le modèle est tout simplement un des meilleurs joueurs de football de tous les temps, un génie du contrôle et des enchaînements, un magicien de la dernière passe (qui n'est pas le meilleur ami de Franz Beckenbauer): Yohan Cruyff, ancienne idole de l'Ajax Amsterdam devenu magicien du FC Barcelone.

Cette finale, qui ne sera peut-être pas une confrontation de style, sera sûrement la consécration pour un footballeur qui a tout donné à ses deux pays. Pour qui vibrera son coeur au moment du coup d'envoi? Allez donc savoir. Yohan Cruyff a encore des secrets.

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