Crash des Bleus: à la recherche de la boîte noire

Pour l'équipe de France, la Coupe du monde est bientôt finie. Jamais l'opinion publique n'a semblé aussi sévère avec les Bleus.

Pour l'équipe de France, la Coupe du monde est bientôt finie. Jamais l'opinion publique n'a semblé aussi sévère avec les Bleus. Même après leur élimination à l'issue des qualifications pour le Mondial américain de 1994 - à l'issue de deux matches catastrophiques au Parc des Princes contre Israël (2-3) puis contre la Bulgarie (1-2) où un scud de dernière minute mal propulsé David Ginola coûta son poste de sélectionneur à Gérard Houllier - ne provoqua pas un tel déchaînement.

Il n'y a pas de football sans passion. Les footballeurs modernes ont remplacés les héros de western et les chanteurs à succès: plus de John Wayne, plus de Mike Brant - et je parle même pas de Claude François - mais des Zinédine Zidane, des Laurent Blanc, des Thierry Henry, des Franck Ribéry. Les chaînes de télévision (publiques, privées, à décodeur) ont profité des prime time pour diffuser trois à quatre matches par jour. Le football est devenu le VRP le plus efficace de l'histoire. Résultats: poussée de fièvre, propos excessifs, débordements en tous genres, déceptions à la hauteur des espoirs. Et ce n'est pas la récente libéralisation des paris qui va ramener le calme...
calmer cette fièvre.

Aujourd'hui, le sélectionneur est la cible de tous: il est le seul fautif. Ca me rappelle le temps où on accusait John Lennon d'avoir provoqué la fin des Beatles. Les fans sont cruels, parfois méchants. Mais les idoles sont des hommes publics alors allons y: quolibets et compagnie, reproches sans limite, noms d'oiseaux et plus si affinités. Le jeu a ses règles mais quand même... Les seules choses qui cicatriseront ces blessures sont le temps et la façon dont les responsables la faillite rebondiront.

Car ces gars-là vont rebondir. C'est sûr. Joueurs comme sélectionneur. J'espère sincèrement que Raymond Domenech, qui ne mérite pas tant de mépris, pourra continuer à exercer ses talents, qu'il trouvera les ressources nécessaires pour exprimer ses qualités ailleurs. Je ne crois pas qu'il puisse servir encore la Fédération française de football (FFF) où il incarnera longtemps le double échec Championnat d'Europe des nations 2008-Coupe du monde 2010.

Un jour nous en saurons plus sur les causes de cet enchaînement infernal.

Toute proportion gardée, ça me rappelle un fameux crash aérien des années 80. L'appareil s'était disloqué en l'air sans explication immédiate. L'enquête a fini par démontrer que certains détails ne collaient pas: le personnel de bord ne s'adressait pas la parole; le pilote s'entendait mal avec les autres membres de l'équipage technique, etc. Enfin, l'analyse de la boîte noire établit que si tous les personnels de bord avaient respecté la totalité des procédures, l'accident aurait été évité. En fait, tout dépendait de l'esprit de l'équipe autour de l'équipe. Et cette équipe-là, c'est vous c'est moi!

Voilà pourquoi, il faut calmer le jeu et se demander si nous n'avons pas nous-même mis les Bleus en difficulté en critiquant sans cesse et, quelques fois sans discernement.

Bien sûr, tout le monde aurait préféré un final à la Rio bravo (Howard Hawks, 1959) où John Wayne terrasse les méchants malgré tout. Mais il n'y a plus de westerns et ce sont les joueurs de football qui ont remplacé les cow-boys.

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