Crash de l'équipe de France: l'heure des comptes

Voilà. Le monde entier rit du football français. En quelques heures, nous sommes devenus l'exemple à ne pas suivre. Que faire pour retrouver un semblant de crédibilité?

Voilà. Le monde entier rit du football français. En quelques heures, nous sommes devenus l'exemple à ne pas suivre. Que faire pour retrouver un semblant de crédibilité? Qui s'inspirera encore du modèle français de formation, cité partout en référence il y a quelques années? Qui voudra encore de nos entraîneurs diplômés, pourtant appréciés il n'y a guère (Arsène Wenger à Arsenal; Gérard Houllier à Liverpool; Didier Deschamps à la Juventus Turin)?

Première conséquence du gâchis sud-africain: les clubs vont souffrir. Moins de public dans les tribunes (déjà que les abonnements ne marchent pas fort). Moins de maillots vendus. Moins de gamins dans les écoles de foot. En quelques heures, les Bleus ont transformé le plus extraordinaire des moyens de communication moderne en un outil de déstabilisation massive. Les Coqs ont tué la poule aux oeufs d'or.

Les droits des retransmissions télévisées, bientôt à la négociation, vont connaître une spectaculaire décrue. Le championnat de France de Ligue 1 mobilisera bien moins de candidats alors que le championnat anglais de Premier League, lui, devrait rester au top.

Les joueurs et leurs agents doivent s'apprêter à souffrir. Finis les contrats juteux et les primes faramineuses. La crise va rattraper le secteur du football jusque là miraculeusement épargné.

L'heure des comptes va sonner. Celle des comptes en banque et celle des comptes à régler.

Nicolas Anelka devra en rendre à nouveau. Sa fortune et sa réussite, fruits d'un véritable travail, ne le placent pas au-dessus des lois qui s'appliquent à tous les licenciés de la Fédération française de football (FFF). Il n'aura eu qu'un tort finalement, celui d'entretenir la tradition nationale des grandes gueules mais au plus mauvais moment.

Jean-Pierre Escalettes, le président de la FFF, devra s'expliquer lui aussi. Que d'erreurs commises en peu de temps. Associer Gérard Houllier, le directeur technique national, et Raymond Domenech, le sélectionneur, alors que les deux hommes ne peuvent pas se voir en peinture! Maintenir Raymond Domenech à son poste après le fiasco du Championnat d'Europe des nations 2008. Désigner son successeur (Laurent Blanc) dès le mois de mars avec pour résultats de retirer toute légitimité à Raymond Domenech et de déstabiliser les Girondins de Bordeaux (l'équipe de Laurent Blanc) au point de leur faire manquer la prochaine Ligue des champions, la plus belle compétition de clubs. Avoir dépensé 1,5 million d'euros pour indemniser lesdits Girondins du départ prématuré de Laurent Blanc.

Comment un homme qui a commis autant de bourdes peut-il espérer continuer à exercer ses fonctions?

Et puis, il y a la génération 1998. Jamais, dans l'histoire du football mondial, je n'ai vu autant de consultants tirer sur une ambulance. Un d'eux a confié, en substance: on s'est fait Domenech; maintenant, on va s'occuper des autres. C'est à souhaiter qu'il restent consultants toute leur vie. Didier Deschamps et Laurent Blanc, tous deux également anciens de 1998, qui n'ont pas craint de prendre des responsabilités sur le terrain, ont eu la pudeur de ne pas s'exprimer. Ils connaissent parfaitement toutes les difficultés du métier d'entraîneur. Les autres...

Règlements de comptes en vue, donc. Mais c'est le football français qui va payer le prix fort. Les Coqs ont tué la poule aux oeufs d'or, vous dis-je. Par sûr que les poussins s'en sortent indemnes.

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