La Bataille d'Alger VS La Bataille d'Angleterre

« Je n'ai pas dit que ça n'existait pas, tout le monde le sait qu'il y a eu de la gégène [...]. M'emmerdez pas avec ça, on en parle toute la journée, ça suffit ! », Général Marcel Bigeard en 2001.
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« Je n'ai pas dit que ça n'existait pas, tout le monde le sait qu'il y a eu de la gégène [...]. M'emmerdez pas avec ça, on en parle toute la journée, ça suffit ! », Général Marcel Bigeard en 2001.

« En Algérie il a accompli la mission qu'on lui avait confiée. Je pense qu'il l'a fait la aussi avec beaucoup d'intelligence, beaucoup d'humanité », Hommage à Bigeard par Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

« Chez nous, le nom de Marcel Bigeard est synonyme de mort et de torture. Il aurait pu libérer sa conscience avant de mourir. J'en suis profondément déçue, malade. » , Louisette Ighilahriz, ancienne combattante algérienne, torturée pendant la Bataille d'Alger par des militaires français de la 10e division parachutiste (DP), entre le 29 septembre et le 20 décembre 1957, sur commandement de Bigeard.

« De la fierté, c'est vrai ça fait plaisir ce match nul. Moi, j'avais la rage sur le terrain après les déclarations des joueurs anglais dans les médias à notre égard. Ce n'est pas parce que l'on joue à Manchester ou à Chelsea que l'on doit se comporter comme ça et mépriser son adversaire. », Ryad Boudebouz, 20 ans, milieu de terrain des Verts.

C'est une histoire de «18» : 18 novembre, 18 juin, 18 mètres ! Une histoire pleine de courage, de honte et de colère.

Je ne voyais pas ce qui aurait gâché ma joie après le résultat du match Algérie-Angleterre (0-0), où les capés de Saâdane ont résisté devant une équipe qui se voulait si sûre d'elle, arrogante, méprisant les Algériens au point que, lors de sa conférence de presse d'avant match, Capello évoquait à peine les Verts.

Je ne voyais pas ce qui aurait gâché mon bonheur de voir, une fois encore, les Fennecs jouer avec le cœur, se battant comme des lions, vibrer aux ondes d'enthousiasme émises par tout un pays, au point que l'attaque anglaise se casse la gueule sur le rocher Bouguerra qui mérite du coup son surnom de Magic !

Je ne voyais pas ce qui aurait gâché la fête, qui me rappela ce magnifique, cet historique match ce 18 novembre 2009 face aux arrogants Egyptiens au Soudan, quand Antar Yahia, avec son tir supersonique, qualifie l'Algérie à la Coupe du monde après 24 ans d'absence. Le jeu face à l'Angleterre me rappela cette bataille à Khartoum, contre des Egyptiens imbus de leur puissance, de leur impunité servie par l'irresponsable FIFA ! Je me rappelle que ce soir-là de novembre, les Algériens pleuraient de joie, pas parce qu'ils avaient gagné devant les Pharaons, mais « parce que c'était une question de dignité » !

Je ne voyais pas ce qui aurait gâché, à moi, et à tout un pays, à tout une mémoire, notre petit matin des lendemains heureux, à flâner dans Alger en vert, rouge et blanc, à s'amuser devant les vitrines des magasins de prêt-à-porter où les mannequins portent des survet' de supporters ! Se balader et humer les retombées de la soirée de folie, juste après le sifflet final, quand les Algérois ont défilé toute la nuit, tous drapeaux et fierté dehors !

Je ne voyais pas ce qui aurait gâché mon ciel algérois, ma baie magnifique, mes mouettes matinales, mon café fort, mes efforts contre une terrible gueule de bois bien assumée, mes journaux que j'achèterai nombreux, mes discussions enflammées avec des inconnus dans la rue sur nos pronostics Algérie-USA ce mercredi, mes sardines grillées de midi, mon apéro entre amis face à l'écran géant de Chez Zidi à suivre les résumés des matchs... Ma non-sainte journée gâchée ! GACHEE !

Gâchée par ce que la pire chose qu'un homme puisse faire à un autre, c'est de le torturer. Parce ce que ça nous déshumanise. C'est la négation de l'humain. La saloperie finale. Parce qu'aucun homme sur terre, à part monsieur Guaino à l'Elysée, ne peut la justifier.

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